Issue 28.3 - Novembre 2018

Importance de la nutrition

Autres articles du numéro précédent

Le comportement alimentaire félin

Le comportement alimentaire félin

Nous avons tous besoin de manger pour vivre. Pour les humains, manger représente bien plus qu’un devoir quotidien : nos repas sont l’occasion de nous reposer, de nous détendre et parfois d’interagir avec nos amis ou notre famille, pendant que nous savourons notre nourriture. Jon Bowen nous explique que, pour un chat, manger a une signification différente.

Races canines et affections liées à l’alimentation

Races canines et affections liées à l’alimentation

Face à un chien présenté en consultation, nous pouvons facilement négliger le rôle que peut jouer sa race dans la prédisposition à une maladie. Giacomo Biagi nous propose un bref aperçu de certaines prédispositions raciales dans lesquelles l’alimentation peut jouer un rôle majeur.

Besoins hydriques et habitudes d’abreuvement des chats

L’eau est l’une des molécules les plus élémentaires de l’univers et elle est essentielle à la vie telle que nous la connaissons, la déshydratation étant incompatible avec la vie. Il peut donc sembler étrange d’inclure un article sur l’abreuvement, mais même la plus simple des actions peut revêtir des aspects cachés, comme le montrent Stefanie Handl et Julia Fritz.

Introduction

Nous avons tous besoin de boire de l’eau pour survivre, mais il est reconnu que certaines espèces ont développé des mécanismes spécifiques en matière de consommation et d‘homéostasie hydriques. Il est admis que le chat domestique possède certaines caractéristiques physiologiques favorisant l‘équilibre hydrique. Par exemple, les chats tolèrent relativement bien des pertes liquidiennes aiguës — allant jusqu‘à 20 % de leur poids corporel (1). Par ailleurs, ils ont la capacité de produire une urine très concentrée (2), leur permettant au besoin de préserver leurs liquides corporels. Ces capacités seraient, selon certains, dues au fait que le chat domestique (Felis silvestris catus) descend du chat sauvage africain (Felis silvestris lybica), qui aurait vécu dans le désert (Figure 1). Or, la domestication du chat a très probablement commencé il y a 9000 à 10000 ans, au moment où l’Homme s‘est installé dans le Croissant fertile — zone géographique située autour des rivières Euphrate et Tigre, correspondant aujourd‘hui à l‘Irak, la Syrie, le Liban, Israël, la Palestine et la Jordanie — qui était tout sauf un désert à cette époque.

Figure 1. Le chat sauvage d’Afrique (Felis silvestris lybica) aurait transmis au chat domestique actuel sa capacité à survivre en milieu relativement sec.
© Shutterstock

Nous ignorons encore si ces caractéristiques prédisposent les chats à certaines maladies. Par exemple, est-ce que la déshydratation chronique ou la production d’urine concentrée peut entraîner à terme des lésions irréversibles des reins et des voies urinaires ? Cette question est probablement sans importance pour un chat sauvage ayant une espérance de vie relativement courte, mais elle l‘est certainement pour un chat domestique, dont l‘espérance de vie peut dépasser 20 ans. Par ailleurs, les chats domestiques ont des conditions de vie (ils vivent souvent en appartement, bougent peu et sont nourris) très différentes des chats sauvages, et ces facteurs peuvent favoriser des troubles urinaires, voire les induire. Dans ce contexte, la consommation hydrique du chat devrait sûrement faire l‘objet d‘une attention particulière, que ce soit dans le cadre de conseils généraux sur l‘entretien et les soins du chat, ou dans le cadre de recommandations nutritionnelles.

Besoins et consommation hydriques

Les besoins hydriques du chat s‘élèvent à environ 50 mL d’eau par kg de poids corporel et par jour (3) — ce qui revient à 200-250 mL par jour pour un chat pesant 4-5 kg. Ces besoins peuvent être couverts par l‘eau libre contenue dans les liquides et aliments consommés par le chat, ou par l‘eau d’oxydation produite par son métabolisme. En effet, le catabolisme de 1 g de protéines, d‘amidon ou de lipides produit respectivement un peu moins de 0,4 g, 0,6 g et 1,1 g d’eau (4). L‘alimentation naturelle des chats — c’est-àdire les proies que sont les petits mammifères et les oiseaux — contient environ 70 % d‘humidité (5). Par conséquent, avec 200-250 g de nourriture ingérée chaque jour (correspondant au besoin énergétique moyen), 70 % des besoins hydriques de l’animal sont déjà couverts par sa consommation alimentaire — sans tenir compte de l‘eau métabolique supplémentaire produite. Si un chat consomme un aliment humide contenant 80 % d‘eau (en quantité moyenne de 250-300 g), ses besoins hydriques peuvent être totalement couverts. Les études menées il y a plus de cinquante ans ont montré que les chats pouvaient satisfaire leurs besoins hydriques simplement en mangeant du poisson frais ou de la viande fraîche (6).

La quantité de nourriture ingérée est principalement déterminée par les besoins énergétiques de l’animal (7). Donc, avec un aliment à faible densité énergétique et à teneur élevée en humidité, l‘apport hydrique et par conséquent la quantité d’urine seront supérieurs (8), comme le montrent les Figure 2 et Figure 3 . Avec un aliment sec, contenant un maximum de 10 % d’humidité, les chats doivent boire de l’eau en plus pour satisfaire leurs besoins hydriques. La plupart des études réalisées sur ce sujet concluent que, quand les chats mangent uniquement des croquettes, ils consomment globalement moins d’eau (9) (10) (11). C‘est pourquoi la consommation majoritaire ou exclusive d‘aliments secs est un facteur de risque souvent suggéré de maladies rénales et urinaires, même si les résultats de ces études restent contradictoires.

Figure 2. Apport hydrique chez les chats lors d’alimentation sèche et humide (8)
Figure 3. Quantité d’urine chez les chats lors d’alimentation sèche et humide (8).

Par exemple, une étude (12) a constaté que les aliments secs (constituant tout ou partie de la ration alimentaire quotidienne) sont un facteur de risque de maladie du bas appareil urinaire félin, sans toutefois faire de distinction entre les urolithiases et les autres maladies urinaires. Une autre étude (13) a conclu que le type d‘aliment consommé ne semblait pas être un facteur étiologique de la cystite idiopathique féline (CIF), mais que l‘obésité et le stress en étaient les principales causes. Les aliments secs n‘étaient pas non plus un facteur de risque démontré d‘insuffisance rénale chronique (14) (15). L‘urolithiase est probablement la maladie la plus influencée par le régime alimentaire et, à cet égard, ce n’est pas simplement la teneur en eau qui joue un rôle mais aussi les autres propriétés de l’aliment (rapport protéines/lipides/glucides, équilibre cation-anion, par exemple). Lors d‘une étude expérimentale menée sur les urolithiases (11), les chercheurs ont montré que l‘augmentation du taux d‘humidité de la ration entraînait une réduction du risque de calculs d’oxalate de calcium mais pas de struvite.

Consommation hydrique et composition urinaire

La composition, la densité et le pH urinaires sont des facteurs déterminants dans la formation des calculs urinaires (16). Ces facteurs sont influencés par l‘alimentation et par la consommation hydrique. Rappelons toutefois que le volume liquidien ingéré n’est pas forcément directement corrélé avec le volume et avec la concentration des urines produites. La concentration et la composition de l‘urine dépendent non seulement de la teneur en eau de la nourriture, mais également des taux des substances excrétées dans l‘urine (protéines et minéraux, notamment), qui influencent à leur tour le volume d‘urine lui-même ainsi que la quantité de minéraux excrétés et le pH urinaire (17). Les résultats des études menées sur l‘influence de certains types d‘aliments ou de régimes spécifiques peuvent donc être difficiles à interpréter, car tous ces facteurs doivent être pris en compte.

Julia Fritz« Les chats préfèrent généralement les gamelles d’eau de petit diamètre et, dans la mesure du possible, le propriétaire doit proposer plusieurs gamelles de tailles et de matériaux différents. »Julia Fritz

Habitudes d‘abreuvement des chats domestiques

Malgré le nombre d‘études ayant évalué l’apport hydrique de l’alimentation et les facteurs de risque d‘affections de l‘appareil urinaire, il n‘existe pas, à la connaissance des auteurs, d‘études ayant spécifiquement évalué les habitudes ou les préférences d‘abreuvement des chats domestiques. Un certain nombre de recommandations (par exemple : « Les chats ne veulent pas boire près de l‘endroit où ils mangent » ou « Les chats préfèrent l’eau qui coule de sources comme les fontaines pour chats ») trouvent leur origine dans la littérature populaire ou sont dérivées des comportements des animaux sauvages. Les auteurs ont récemment mené une enquête visant à identifier les pratiques courantes d‘abreuvement des chats ainsi que leurs préférences.

Méthodes

Un questionnaire portant sur les caractéristiques du chat (âge, race, sexe, maladies existantes), ses conditions de vie (lieu de résidence, liberté de mouvement, cohabitation avec d’autres animaux), son alimentation, ses possibilités d‘abreuvement (type, quantité, emplacement, matériel) ainsi que ses comportements et préférences d‘abreuvement observés a été distribué à des propriétaires de chats parmi la clientèle des auteurs, à d‘autres cliniques vétérinaires et via des plateformes en ligne.

Résultats

Participants et données démographiques

Au total, 549 questionnaires ont été collectés pour évaluation. La plupart d‘entre eux provenaient d‘Allemagne et d‘Autriche, et quelques-uns de Suisse. Les proportions de chats mâles et femelles étaient similaires, et quasiment tous les animaux étaient castrés. Les deux tiers étaient des chats croisés à poil court et les races pures les plus représentées étaient les suivantes : Maine Coon (5 %), British Shorthair (4 %), Persan et Siamois (3 % chacun).

23 % étaient des chats d‘intérieur au sens strict, 40 % avaient une liberté de mouvement limitée (balcon, terrasse, jardin) et 37 % avaient une liberté totale de mouvement. 32 % des chats résidaient dans une grande ville, 25 % dans des petites villes ou des banlieues et 43 % en milieu rural. 33 % ne cohabitaient avec aucun autre animal, 44 % cohabitaient avec d‘autres chats et 27 % avec des chiens.

Alimentation et profil médical 

Les trois quarts des chats de l’enquête ont été jugés en bonne santé par leurs propriétaires, les 25 % restants souffraient de diverses maladies, principalement d‘insuffisance rénale chronique, d‘arthrose, d‘allergies et de blessures. Notons que les diagnostics ont été établis uniquement sur la base des informations fournies par les propriétaires, sans qu’elles soient nécessairement corroborées par des données vétérinaires. Les types d‘aliments qui étaient donnés aux chats sont présentés dans les Figure 4 et Figure 5 . Les chats qui consommaient des quantités importantes d‘aliments humides (allant jusqu‘à égaler les quantités d‘aliments secs) étaient significativement moins nombreux parmi les animaux malades. Mais, pour ce qui était des affections urinaires, aucun lien entre le type d‘alimentation et les maladies n‘a pu être identifié.

Figure 4. Les chats de l’enquête étaient nourris soit avec des aliments préparés, soit avec des rations ménagères, soit avec les deux.
Figure 5. Les chats de l’enquête recevaient des aliments secs et humides en proportions variables (l’alimentation humide regroupant les aliments préparés et les rations ménagères).

Options et habitudes d‘abreuvement 

La plupart des chats (> 80 %) se voyaient proposer leur eau de boisson dans une gamelle, l’alternative la plus répandue étant la fontaine pour chats. Toutefois, parmi les chats qui avaient accès à ces deux options, une majorité préférait boire dans la gamelle. En outre, la taille de la gamelle d‘eau semblait avoir son importance, les petites gamelles (< 15 cm de diamètre) étant préférées aux gamelles plus grandes. Aucune préférence n‘a été observée concernant le matériau de la gamelle, la céramique (60 %) puis le plastique (38 %) étant les matériaux les plus utilisés, le métal (35 %) et le verre (13 %) l‘étant moins.

Les données de l‘enquête n‘ont pas permis de déterminer si les chats préfèrent en général une autre option que la gamelle ou la fontaine, car les autres possibilités d‘abreuvement étaient trop rares pour réaliser une évaluation statistique. Toutefois, près de 60 % des chats ont été observés (tous les jours ou de temps en temps) en train de s‘abreuver à d‘autres sources d‘eau, comme des arrosoirs, des pots de fleurs ou de la vaisselle (Figure 6). La moitié des chats ayant accès à l‘extérieur ont été observés en train de boire dans des flaques d’eau, des mares ou des pots de fleurs (Figure 7). Les chats qui avaient une liberté totale de mouvement préféraient significativement boire à l‘extérieur plutôt que dans leur gamelle à l‘intérieur de la maison.

Figure 6. Les chats peuvent être tentés de boire dans des récipients à l’extérieur (arrosoirs, par exemple), et les propriétaires doivent vérifier qu’ils ne contiennent aucune substance toxique.
© Shutterstock

Les animaux buvaient principalement en position accroupie, bien qu‘à l‘extérieur, ils buvaient également souvent debout. Près de la moitié (44 %) ne faisaient pas que boire mais jouaient aussi avec l’eau.

La source d’eau la plus fréquente était l’eau du robinet. Si plusieurs sources étaient disponibles (eau du robinet, eau minérale plate, eau de pluie), les chats préféraient l‘eau du robinet (qui est de très bonne qualité en Allemagne et en Autriche) bien que les chats d‘extérieur appréciaient aussi l‘eau de pluie. 27 % des propriétaires donnaient également à leur chat d‘autres liquides, le plus souvent du lait ou du « lait pour chats » (lait sans lactose).

Les chats d‘extérieur utilisaient significativement plus de points d’eau que les chats d‘intérieur, même si plus de la moitié des propriétaires (52 %) proposaient plusieurs points d’eau. Si les chats avaient le choix entre plusieurs options, ils préféraient les points d’eau situés dans une autre pièce que celle où était placée la gamelle de nourriture. Et cela valait pour les chats d‘intérieur comme pour les chats d‘extérieur. Dans de nombreux foyers (41 %), cependant, une gamelle d’eau était placée juste à côté de la gamelle de nourriture.

Figure 7. Nombre de chats semblent aimer boire l’eau de pluie des flaques d’eau. S’ils ont le choix, ils préfèrent boire dans des points d’eau extérieurs que dans leurs gamelles placées à l’intérieur de la maison.
© Shutterstock

Les gamelles d’eau étaient contrôlées plusieurs fois par semaine par tous les propriétaires interrogés, et plus de 90 % d‘entre eux les vérifiaient tous les jours ou au moins une fois par jour. Les trois quarts des propriétaires nettoyaient également les gamelles d‘eau tous les jours. Pour les chats d‘extérieur, les gamelles étaient généralement lavées à l’eau simple, alors que pour les chats d’intérieur, elles étaient souvent lavées avec du produit vaisselle ou au lave-vaisselle. Aucun propriétaire n‘utilisait de désinfectant.

Stefanie Handl« De nombreux propriétaires proposent un seul point d’eau à leur chat — celui-ci étant très souvent situé à côté de la gamelle de nourriture — mais les chats préfèrent généralement les points d’eau éloignés de l’endroit où ils mangent. »Stefanie Handl

Résumé et discussion 

L’objectif principal de cette enquête était d’identifier les préférences des chats en termes d‘abreuvement afin de pouvoir en tirer des recommandations pratiques, et certains de ces résultats ont déjà été présentés lors de conférences internationales (18) (19). Pour interpréter ces résultats, il faut rappeler qu‘il n‘a été possible d‘évaluer que les informations fournies par les propriétaires, et que celles-ci pouvaient donc dépendre, entre autres, du temps qu‘ils avaient pour observer leurs chats.

En général, les propriétaires étaient visiblement conscients de l’importance de l’eau de boisson — quelle que soit la teneur en eau des aliments — car non seulement ils contrôlaient et remplissaient les gamelles d‘eau presque tous les jours mais ils les nettoyaient également souvent. Toutefois, seulement la moitié des propriétaires fournissaient plus d’un point d‘eau et, très souvent, celui-ci se situait à côté de la gamelle de nourriture (Figure 8). Cela a permis de confirmer que les chats préfèrent généralement les points d’eau éloignés de l‘endroit où ils mangent. Il est possible que cela reflète le comportement d’origine des chats qui, dans la nature, trouvaient souvent leurs sources d‘abreuvement loin de leurs sources d‘alimentation.

Figure 8. Les propriétaires placent souvent les gamelles d’eau et de nourriture côte à côte. Or, il semble que les chats préfèrent généralement les points d’eau éloignés de l’endroit où ils mangent. Cela pourrait refléter le comportement original des chats qui, dans la nature, trouvent leurs sources d’abreuvement souvent éloignées de leurs sources d’alimentation.
© Shutterstock

Aucune préférence générale pour un matériau particulier n‘a semblé se dégager mais, en termes de taille, il existe une préférence pour les gamelles de petit diamètre (Figure 9). Cette petite taille pourrait permettre aux chats de détecter plus facilement les bords de la gamelle et la surface de l’eau avec leurs moustaches.

Figure 9. L’enquête a révélé que les chats ont une préférence pour les gamelles d’eau de petit diamètre (< 15 cm).
© Shutterstock

Les fontaines pour chats sont souvent recommandées pour favoriser la consommation hydrique, en raison de la supposée préférence des chats pour l‘eau en mouvement (Figure 10). Cela n‘a pas été confirmé par cette enquête, mais ses résultats coïncident avec d’autres études qui n’ont pas révélé de différence statistiquement significative en termes de consommation hydrique entre les gamelles et les fontaines, mais plutôt de grandes différences et préférences individuelles (20) (21). Chose intéressante, un des douze chats d‘une étude s‘est même révélé stressé par la fontaine, au point de montrer de l‘agressivité, un auto-toilettage excessif et des vomissements (20).

Stefanie Handl« Les fontaines pour chats sont souvent recommandées pour favoriser la consommation hydrique, du fait de la préférence supposée des chats pour l’eau en mouvement, mais il semble que leur utilisation dépende des préférences individuelles du chat. »Stefanie Handl
Figure 10. Il est souvent suggéré que les fontaines pour chats favorisent la consommation hydrique, du fait de la préférence supposée des chats pour l’eau en mouvement, mais aucune preuve ne le corrobore.
© Shutterstock
Figure 12. Les chats sont curieux par nature et peuvent malencontreusement ingérer des liquides potentiellement toxiques tels que le café.
© Shutterstock
Figure 13. De l’éthylène glycol (antigel) est souvent ajouté dans les fontaines et bassins d’ornement pour empêcher qu’ils ne gèlent en hiver. Cela peut poser problème car les chats boivent souvent l’eau des mares ou des fontaines et peuvent ingérer accidentellement ce produit chimique toxique.
© Shutterstock

Les chats semblent avoir des habitudes non seulement d‘alimentation mais aussi d‘abreuvement particulières. À la connaissance des auteurs, aucune étude n‘a été menée pour déterminer si les types de comportements liés à l‘emplacement, à la forme ou à la qualité des gamelles d‘eau ou au goût de l‘eau sont similaires à ceux liés à l‘alimentation (22), et si une préférence acquise pour un contenant spécifique durera toute la vie.

Figure 11. Les chats jouent souvent avec de l’eau qui coule du robinet. Nous ignorons si ce jeu fait partie du comportement d’abreuvement du chat ou s’il est le résultat d’un ennui ou d’un intérêt pour quelque chose de nouveau.
© Shutterstock

Nous pouvons également nous demander si l’utilisation fréquente d’autres sources d’abreuvement (verres, pots de fleurs, mares) indique que les chats n‘apprécient pas les gamelles d‘eau fournies par le propriétaire, ou si le fait de se servir en passant dans différents points d’eau fait partie du comportement naturel des chats. 

Se pose également la question de savoir si les jeux avec l‘eau, souvent observés, doivent être interprétés comme faisant partie du comportement d‘abreuvement du chat (Figure 11) ou s‘ils sont la conséquence d‘un ennui ou d‘un intérêt pour quelque chose de nouveau.

Figure 14. Proposer de nouvelles sources d’eau comme les glaçons peut inciter le chat à jouer et à explorer, et peut également favoriser la consommation d’eau.
© Shutterstock

En termes d‘alimentation, l‘enquête a montré, par rapport aux publications antérieures, une tendance croissante pour les rations ménagères ou la supplémentation d‘aliments préparés avec de la viande. Une enquête menée en 2009 sur 243 chats avait révélé que moins de 1 % des rations étaient ménagères et que seulement 10 % étaient mixtes (23), alors que la présente enquête a révélé que plus de 3 % des chats recevaient une alimentation ménagère (essentiellement crue) et que 26 % des chats recevaient un mélange d‘aliment préparé et d‘alimentation ménagère. 

L‘alimentation mixte (mélange d‘un aliment sec et d‘un aliment humide) était de loin la plus répandue dans ces deux études, s‘élevant à 70 % pour l‘étude de 2009 et à environ 75 % pour celle-ci. La proportion de chats nourris uniquement avec des croquettes était sensiblement inférieure dans la présente enquête (juste en dessous de 8 %, contre 17 % en 2009). Cette évolution pourrait s‘expliquer par le fait que l‘alimentation sèche seule est souvent présentée dans la littérature grand public comme «mauvaise» — principalement en raison de son faible apport en eau.

• Une eau du robinet de bonne qualité suffit et est généralement bien acceptée par les chats. Mais dans le cas où elle serait fortement chlorée ou aurait une odeur bizarre, il serait préférable de la filtrer ou de la remplacer par de l’eau minérale non gazeuse. Il est également possible de donner de l’eau de pluie propre.
• Placer plusieurs points d’eau à différents endroits, si possible. Ceux-ci doivent être éloignés de la zone d’alimentation, dans d’autres pièces de préférence.
• Utiliser des petites gamelles (< 15 cm de diamètre) plutôt que des grandes. Celles-ci doivent être de tailles et de matériaux différents, surtout si plusieurs chats cohabitent, afin de satisfaire les préférences individuelles.
• Les fontaines pour chats peuvent convenir ou pas aux chats, en fonction de leurs préférences individuelles.
• Les chats aimant s’abreuver à toutes les sources d’eau possibles, il faut veiller à ce qu’ils ne puissent pas entrer en contact avec des substances nocives. Cela inclut d’éviter de laisser tout récipient contenant du café, du thé ou une boisson énergétique à portée des chats (Figure 12), de veiller à ce qu’aucun pot de fleurs ou arrosoir ne contienne de pesticides, d’empêcher l’accès aux détergents de la maison, de faire attention en cas de traitement de l’eau des aquariums ou d’ajout d’antigel dans les bassins d’ornement en hiver (Figure 13).
Recommandations supplémentaires en cas d’affections urinaires
• Quelles que soient les recommandations en matière de composition alimentaire, les aliments humides doivent être privilégiés ou au moins associés aux aliments secs.
• Si le chat apprécie une certaine saveur, utiliser celle-ci pour inciter le chat à boire. Cela peut être un jus de cuisson de viande ou un bouillon (tant qu’il n’y a aucune maladie cardiaque ou rénale grave, la teneur en sel est négligeable) ou du lait pour chats.
• Proposer de nouvelles options telles que des glaçons ou de gros morceaux de glace (contenant au besoin la saveur ajoutée) peut inciter le chat à jouer et à explorer, et peut également favoriser la consommation d’eau (Figure 14).
• Les produits laitiers ne sont pas forcément à proscrire — une gorgée de lait entier, de yaourt ou de crème ne posera pas de problèmes d’intolérance au lactose. La consommation maximale de lactose chez le chat est de 2 g/kg de poids corporel (24), ce qui correspond à 50 mL/kg de lait entier, soit 200-250 mL pour un chat moyen.
Encadré 1. Recommandations générales d’abreuvement chez le chat.

En résumé, l’enquête a identifié quelques éléments intéressants concernant les chats et leurs habitudes d‘abreuvement, et les recommandations générales de l’ Encadré 1 peuvent être données aux propriétaires.

Remerciements :

Les auteurs tiennent à remercier le Dr Britta KieferHecker pour sa participation à l’élaboration du questionnaire, les vétérinaires Milena Schmidt et Dr Anna Däuble pour leur contribution au recueil des données et en particulier le Dr Christiane Weissenbacher-Lang pour son aide lors de l’évaluation statistique. Un remerciement spécial est adressé à tous les vétérinaires et cliniques vétérinaires qui ont apporté leur soutien à l‘enquête.

Conclusion

Les propriétaires cherchent souvent à être rassurés et conseillés par leur vétérinaire sur la consommation hydrique de leur chat. Les chats peuvent satisfaire une grande partie de leurs besoins hydriques grâce à leur alimentation si celle-ci a une teneur élevée en eau (aliment préparé humide ou ration ménagère), mais en cas d‘alimentation principalement (ou exclusivement) sèche, l‘apport hydrique global sera inférieur. Il faut inciter les propriétaires à prendre en compte les préférences ou rejets de leur animal en termes d‘abreuvement et les prévenir que la curiosité naturelle du chat peut l’amener à boire à des sources d‘eau potentiellement dangereuses.

Paramètres des cookies