Issue 29.1 - Mars 2019

Pédiatrie Féline

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Le comportement alimentaire félin

Le comportement alimentaire félin

Nous avons tous besoin de manger pour vivre. Pour les humains, manger représente bien plus qu’un devoir quotidien : nos repas sont l’occasion de nous reposer, de nous détendre et parfois d’interagir avec nos amis ou notre famille, pendant que nous savourons notre nourriture. Jon Bowen nous explique que, pour un chat, manger a une signification différente.

Races canines et affections liées à l’alimentation

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Casse-têtes pour chats

Les horaires et les modes d’alimentation de nombreux chats dépendent du bon vouloir de leurs propriétaires, une situation très artificielle. Les jouets distributeurs d’aliments peuvent être utilisés dans presque tous les environnements et Ingrid Johnson décrit comment ils stimulent les chats, mentalement et physiquement.

Introduction

Demander aux chats de travailler pour manger, comme s’ils chassaient dehors, est un moyen simple d’enrichir leur vie. Cela est particulièrement vrai pour les chats vivant à l’intérieur. De nombreux propriétaires se contentent de donner un plein bol de croquettes aux chats ou de les nourrir seulement deux fois par jour pour les garder sveltes. Il en résulte souvent des troubles du comportement car les chats sont frustrés. La quête de nourriture est une solution intermédiaire entre l’alimentation à volonté et des repas bien séparés. L’ennui, la frustration et le stress environnemental sont les causes les plus fréquentes de troubles comportementaux des chats. En leur proposant un problème à solutionner, les jouets distributeurs d’aliments occupent les chats et leur proposent une frustration positive ( 1 ). Le chat obtient sa récompense alimentaire quand il comprend le jeu et l’activité devient gratifiante pour lui. 

Besoins alimentaires et modes d’alimentation

Avant de proposer des jouets distributeurs, il est nécessaire de comprendre ce que les chats mangent et comment. Les chats sont des carnivores stricts et des grignoteurs naturels qui consomment neuf à seize petits repas répartis sur toute la journée ( 2 ). Il est d’ailleurs prouvé que les chats rationnés peuvent être plus agressifs et moins coopératifs que les chats nourris à volonté ( 2 ).

Les chats sont des animaux sociaux qui peuvent vivre en groupe mais qui chassent et mangent seuls ( 2 ). A la différence des grands félins, nos chats domestiques s’attaquent à des petites proies qui ne se prêtent pas au partage. Les chats préfèrent aussi gérer eux-mêmes leurs ressources et leurs besoins de base, et ils en tirent un grand plaisir. Quand le contrôle leur échappe, souvent involontairement à cause des propriétaires, cela crée du stress. Pour leur bien-être et leur santé mentale, les chats ont besoin d’un accès libre à la nourriture, à l’eau, à des aires d’élimination et à des endroits de repos sûrs. Nous devons donc permettre à nos chats de manger… mais en travaillant. C’est ici qu’interviennent les jouets distributeurs d’aliments.  

Pour commencer

Le premier jouet distributeur d’un chat doit être simple. Il a besoin d’apprendre le jeu et à être récompensé pour ce comportement. Il existe deux grands types de jouets distributeurs ou puzzles alimentaires : ceux qui roulent et ceux qui sont fixes. On peut les fabriquer soi-même ou les acheter et ils peuvent distribuer des croquettes, des aliments humides (Figure 1a) (Figure 1b) ou les deux ensemble, bien qu’il faille plus de créativité pour concevoir un jouet adapté à l’aliment humide. En règle générale, et selon l’expérience de l’auteur, les jouets qui roulent sont plus stimulants que les jouets stationnaires mais chaque chat est différent. Si on vise la perte de poids, les jouets qui roulent font plus bouger les chats. Les encourager à utiliser les deux types de jouets améliore leur adaptabilité et les stimule mentalement plus.

Figure 1a. Un puzzle stationnaire du commerce, pouvant servir à distribuer de l’aliment humide ou sec.
© Ingrid Johnson
Figure 1b. Un jouet prévu pour contenir une petite quantité de croquettes dans la peau d’une fausse souris. Ce type de jeu permet au chat de voir l’aliment mais réclame une bonne dextérité pour manipuler le jouet de manière à en extraire les croquettes.

Les jouets stationnaires sont sans doute mieux adaptés aux chats débutants. Un vieux bac à glaçons ou un moule à muffins peuvent faire l’affaire, le chat ayant juste besoin d’y glisser sa patte pour en extraire l’aliment (Figure 2). Il est intéressant de proposer un jeu stationnaire à un chat qui serait rebuté par un jouet qui roule.  

Figure 2. Un bac à glaçons peut être utilisé comme un puzzle stationnaire très simple pour les chats débutants.
© Ingrid Johnson

Avec les jouets qui roulent, mieux vaut commencer avec des objets transparents afin que le chat puisse voir, sentir et entendre les croquettes bouger à l’intérieur (Figure 3). Les jouets sphériques sont idéaux pour les débutants car ils roulent facilement et sont moins frustrants. L’objet doit présenter plusieurs orifices pour laisser passer l’aliment ; des jeux avec trois trous suffisent pour la plupart des chats qui démarrent ( 3 ). Les chats qui ont été strictement rationnés adoptent parfois tellement vite ce type de jouets qu’ils peuvent presque aussitôt passer à des objets présentant seulement un ou deux trous.

Figure 3. Jouet distributeur roulant, semi-transparent, du commerce. Le chat peut voir l’aliment qui sort par trois trous. Les jouets ovales roulent d’une manière excentrique et sont plus difficiles à maîtriser par le chat. On peut encore augmenter la complexité en introduisant un jouet à l’intérieur d’un autre. 
© Ingrid Johnson

Les jouets qui roulent doivent être remplis au moins à la moitié ou aux trois-quarts, car un jeu presque vide peut être trop difficile à manier et devenir frustrant. Au début, le propriétaire pourra utilement disposer quelques croquettes autour du jouet ; quand le chat les mangera, il essaiera probablement de pousser le jouet et il réalisera qu’il peut obtenir plus. Pour ceux qui tardent à comprendre, le jouet distributeur sera ouvert en deux afin que le chat en retire la nourriture avec sa patte. Quand le propriétaire jugera l’expérience positive, il refermera le jouet rempli de croquettes, en en dispersant toujours d’autres autour. La plupart des chats pousseront alors le jouet avec le museau ou la patte, se rappelant que la veille, cet objet contenait de la nourriture.

Les jouets peuvent être introduits presque n’importe quand dans la vie d’un chat ; il est possible de commencer à nourrir des chatons avec des jouets dès l’âge de 8-10 semaines, bien qu’à cet âge, leur capacité d’attention soit encore limitée. S’ils y accordent peu d’intérêt au début, ils s’engageront plus activement dans le jeu avec le temps.

Motiver les chats à chercher leur nourriture

Un chat peut être peu motivé à travailler pour obtenir ce qui lui a été fourni dans un bol depuis des années. Cela vaut alors la peine de mettre un aliment très attractif dans le jouet pour éveiller son intérêt. Le chat sera enclin à croire qu’il cherche des friandises alors qu’il s’agit juste d’un aliment différent.

Certains chats répondent bien quand le jouet distributeur est placé dans leur aire normale d’alimentation ; d’autres semblent plus intéressés lorsqu’il est mis dans un lieu nouveau et intéressant. Il est bon d’essayer les deux options, l’objectif final étant de disperser des puzzles dans la maison, surtout si plusieurs chats vivent ensemble. Au début, il peut être cependant nécessaire d’essayer plusieurs tactiques pour encourager leur utilisation.

Si le chat est toujours réticent à utiliser le jouet, il est conseillé de le remplir en mélangeant des friandises aux croquettes habituelles. Cela peut suffire à stimuler l’intérêt. Pour un chat très lent à démarrer, essayez seulement de cacher quelques poignées de croquettes autour de la maison, à découvrir par le chat. Au moins, cela l’habituera à commencer à chercher sa nourriture, etc.

Il est aussi utile de s’inspirer de l’habitat naturel du chat et de ses habitudes alimentaires. Certains jouets texturés reproduisent par exemple ce que le chat ressentirait s’il fourrageait dans l’herbe à la recherche de nourriture (Figure 4), et l’utilisation d’un jouet à mâcher peut aussi faire mastiquer le chat comme s’il mangeait une proie habituelle. Le choix de l’aliment sera cependant en partie dicté par l’état de santé du chat. On peut conseiller aux propriétaires de commencer à utiliser des jouets distributeurs quand des aliments à objectifs spéciaux doivent être distribués ; la plupart voudront de toute façon remplir le jouet avec quelque chose d’unique, qui soit bon pour le chat, plutôt que juste des friandises.

Figure 4. Un puzzle alimentaire texturé qui reproduit l’expérience qu’un chat aurait s’il fourrageait dans l’herbe à la recherche de nourriture. 
© Ingrid Johnson

Ce n’est pas une bonne idée de faire jeûner un chat pour lui faire accepter un nouvel aliment ou d’adopter l’attitude « s’ils ont faim, ils mangeront ». Cela ne marchera pas et pourrait perturber les chats. Excellents chasseurs à l’extérieur, les chats ne se passent généralement pas de manger aussi longtemps que les chiens. Il est impératif que les chats mangent tous les jours.

Graduer les niveaux de difficultés

Une fois qu’un chat  a compris comment utiliser un jouet distributeur, augmentez progressivement la difficulté. Diminuez le nombre d’orifices de l’objet afin qu’il délivre les croquettes moins facilement. Commencez à proposer des objets qui ne roulent pas aussi bien qu’une balle ou des jouets opaques, qui obligent le chat à s’appuyer sur son odorat et ses expériences antérieures. Les objets gros et lourds présentent encore une difficulté supplémentaire : ils sont en général plus difficiles à pousser et bien que ces jouets soient sans doute mal adaptés pour des chatons, ils conviennent très bien à des foyers multi-possesseurs.

Combiner des jouets est une autre façon de relever le niveau du défi. Prenez un petit objet que le chat maîtrise déjà et placez-le à l’intérieur d’un autre objet de manière à ce que le chat le manipule deux fois avant d’obtenir sa récompense (Figure 5). Tôt ou tard, la plupart des chats deviennent capables de résoudre ces problèmes ( 4 ).

Figure 5. Un tunnel d’alimentation stationnaire du commerce avec une balle de ping-pong remplie de croquettes, placée à l’intérieur pour augmenter le niveau de difficulté. Sans la balle comme obstacle, le chat peut résoudre le problème beaucoup plus facilement, ce qui peut convenir à un chat débutant.
© Ingrid Johnson

Comme cela a été dit plus haut, les jeux stationnaires sont en général excellents pour les chats débutants ; ils les stimulent à chercher s’ils n’ont pas compris comment utiliser les jeux qui roulent. Certains jouets distributeurs stationnaires complexes ( 5 ) obligent aussi le chat à introduire ses pattes à l’intérieur de l’objet pour en extraire la croquette, plutôt que de faire rouler un objet mobile avec les pattes ou le museau (Figure 6). Pour rendre les choses plus difficiles, un jouet distributeur qui roule, rempli de croquettes, peut être placé à l’intérieur d’un jeu stationnaire.

Figure 6. Un jouet stationnaire exigeant, pouvant être utilisé par plus d’un chat à la fois. Ici, l’animal doit utiliser ses pattes pour atteindre l’objet et en extraire une croquette.
© Ingrid Johnson

Les dispositifs faits maison peuvent être très efficaces (Figure 7) et sont souvent faciles à réaliser avec des objets du quotidien ; une vieille boîte à chaussure percée de trous sur le dessus et les côtés sera par exemple remplie de jouets et de nourriture, et le couvercle sera fermé avec du scotch (sinon la plupart des chats sont capables de le retirer) ! Si des jouets qui roulent sont placés à l’intérieur, les trous devront être un peu plus gros que les jouets afin que le chat puisse extraire le jouet désiré.

Figure 7. Des puzzles faits maison peuvent être réalisés avec un peu d’imagination. (a) Puzzle fait à partir d’un vieux siège creusé de multiples trous pour permettre au chat d’aller chercher de la nourriture et des jouets. Un tapis en sisal est fixé sur un côté du siège pour être utilisé comme griffoir. (b) Puzzle très simple fait de tubes de cartons, lestés avec une pierre pour l’empêcher de bouger.
© Ingrid Johnson

Les objets en forme de cube figurent parmi les plus difficiles à manipuler par les chats. Commencez par leur proposer des cubes transparents car les chats peuvent voir, sentir et entendre les croquettes. Au début, proposez les jouets en forme de cube sur la moquette ou le tapis : l’épaisseur aide le chat à apprendre à retourner l’objet ; sur un sol dur, les chats tendent à juste pousser le jouet devant eux et cela les frustre. En général, ils apprennent pourtant à utiliser un cube sur n’importe quelle surface et à ce stade, des cubes opaques peuvent leur être proposés pour corser la difficulté.

Le but ultime est de confronter le chat au jouet le plus difficile qu’il est capable d’utiliser. Les propriétaires ne doivent pas viser trop haut ou être déçus : comme les humains, les chats ont des aptitudes individuelles variables. Presque tous les chats sont cependant capables d’apprendre à jouer avec des puzzles alimentaires. L’auteur a eu des chats à trois pattes, aveugles, très âgés ou paralysés du train postérieur qui ont appris à le faire. Ne sous-estimez pas les capacités d’un chat !

Les clés du succès

Comment les propriétaires peuvent-ils nourrir des chats à long terme avec des jouets ? A ceux qui sont réticents, il est souhaitable de rappeler que ces puzzles ne servent pas juste à nourrir les chats mais qu’ils permettent aussi d’enrichir l’environnement. Aux propriétaires qui manquent de temps, on peut conseiller d’acheter de nombreux jouets distributeurs, de les remplir pour une semaine puis de les stocker dans un container étanche à l’air jusqu’à leur utilisation. Cela permet aussi de proposer un nouveau jouet tous les jours au chat. Même si le sujet n’a pas fait l’objet d’études, l’auteur pense que les chats ont besoin de jouets différents ; s’attaquer au même puzzle tous les jours semble moins gratifiant pour le chat.

Conclusion

Chercher leur nourriture permet aux chats de faire quelque chose pendant la journée et offre une alternative à l’alimentation à volonté. Dans les foyers multi-possesseurs, cela peut être particulièrement utile car les repas occasionnent souvent des bagarres ou des agressions liées à la compétition et au manque de contrôle sur l’environnement. Cette pratique permet aussi aux chats de choisir de manger quand et où ils veulent, ce qui élimine le stress lié à l’heure du repas. Cela peut aussi aider à faire perdre du poids aux chats présentant un excès d’embonpoint. 

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