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Les limites d’une analyse d’urine

Publié 03/10/2019

Ecrit par Paola Scarpa

Aussi disponible en Deutsch , Italiano , Español et English

Des analyses d’urine sont pratiquées quotidiennement et constituent des tests de routine en médecine vétérinaire des petits animaux. Paola Scarpa présente ici les nombreux pièges qui peuvent considérablement biaiser l’interprétation des résultats.

Les limites d’une analyse d’urine

Points Clés

Les bandelettes sont économiques et, si on les utilise correctement, permettent de réaliser des tests qualitatifs et semi-quantitatifs simples lors de l’analyse d’urine.


Le rapport protéine/créatinine de l’urine (RPCU) peut être intéressant en cas de protéinurie, mais l’interprétation des résultats doit être faite avec précaution.


Introduction

Les analyses d’urine sont l’un des tests le plus fréquemment et facilement réalisés en clinique vétérinaire pour petits animaux, mais un nombre surprenant de facteurs peuvent fausser les résultats. Ce court article identifie certains pièges classiques et donne des conseils pratiques pour réaliser des analyses d’urine de manière fiable.

Prélèvement urinaire 

Une cystocentèse, faite de préférence sous échographie, permet de recueillir un échantillon d’urine non contaminé.
Figure 1. Une cystocentèse, faite de préférence sous échographie, permet de recueillir un échantillon d’urine non contaminé. © Paola Scarpa

Le recueil de l’urine doit être réalisé selon une technique adéquate. Une cystocentèse, réalisée si possible sous échographie (Figure 1), est nécessaire quand une culture urinaire doit être effectuée afin d’éviter toute contamination de l’échantillon. L’aiguille est insérée dans la paroi ventrale ou ventrolatérale de la vessie selon un angle de 45° ; cela permet aux fibres musculaires de la vessie de fermer rapidement le trou causé par le retrait de l’aiguille. Le patient doit être immobile et calme, en général en décubitus latéral ou dorsal, et la zone de prélèvement sera, si possible, rasée et désinfectée avant de planter l’aiguille. Une micro-hématurie iatrogénique se produit souvent pendant l’opération. La cystocentèse est contre-indiquée si la vessie est vide, si le patient est peu coopératif, ou si une pyodermite est présente. Notons qu’une dissémination de cellules métastatiques par le biais de l’aiguille a été rapportée dans un cas de carcinome transitionnel de la vessie 1.


Recueillir l’urine suite à une miction spontanée est la méthode de prélèvement la moins traumatique, mais ce n’est pas toujours facile à faire et les échantillons doivent être obtenus dans des récipients stériles adéquats.
Figure 2. Recueillir l’urine suite à une miction spontanée est la méthode de prélèvement la moins traumatique, mais ce n’est pas toujours facile à faire et les échantillons doivent être obtenus dans des récipients stériles adéquats. © Paola Scarpa

Le recueil d’urine par miction spontanée (Figure 2) est la technique la moins traumatique mais elle n’est pas toujours facile à réaliser (par exemple, chez les petits chiens), ni même possible (avec les chats). Pour qu’une analyse soit possible, il faut que les échantillons aient été collectés dans des récipients stériles adaptés. Les détergents et les désinfectants utilisés pour nettoyer ces récipients et les bacs à litières peuvent altérer les résultats des bandelettes urinaires.

Un échantillon obtenu par miction spontanée convient, en général, à une analyse urinaire standard (un bilan initial par exemple), mais il faut savoir que ce type d’échantillon peut être contaminé par des sécrétions prostatiques, du sperme ou des débris issus de l’urètre et du prépuce. Ceci dit, la recherche de protéinurie par bandelette et le RPCU ne sont pas influencés par la technique de prélèvement, et l’analyse de ce type d’échantillon peut être suffisante pour faire le diagnostic et le suivi d’une néphropathie avec perte de protéines. De plus, le RPCU des chats n’est pas affecté par la technique de recueil d’urine (par exemple, cystocentèse ou compression manuelle de la vessie).

Protéinurie

Les bandelettes urinaires sont économiques et permettent de réaliser des tests qualitatifs et semi-quantitatifs simples.
Figure 3. Les bandelettes urinaires sont économiques et permettent de réaliser des tests qualitatifs et semi-quantitatifs simples. © Ewan McNeill

Une évaluation initiale de la protéinurie peut être faite avec une bandelette (Figure 3). La bande protéines est imprégnée avec des marqueurs (par exemple, tétrabromophénol bleu) qui interagit avec les groupes aminés des protéines urinaires. Le changement de couleur qui en résulte (du jaune au vert et enfin au bleu) permet une interprétation numérique du degré de la protéinurie, habituellement estimée entre 0 et 4. Cette méthode est sensible pour la détection de l’albumine mais elle l’est moins pour les globulines ou les fractions protéiques (par exemple, les protéines Bence-Jones) qui contiennent nettement moins de groupements aminés.

Parmi les facteurs qui peuvent induire des faux positifs, il y a : le pH alcalin, la présence d’hémoglobinurie, de pyurie ou de bactériurie, ou l’usage de désinfectants à base d’ammoniums quaternaires ou de chlorhexidine lors de la collecte de l’échantillon.

Chez les chiens, l’interprétation conjointe du résultat donné par la bandelette et de la mesure de la densité urinaire (DU) indique quand il est nécessaire d’évaluer le RPCU (Tableau 1). Chez des sujets où la bandelette est négative, les animaux peuvent être considérés comme non-protéinuriques ; en revanche, si la DU < 1012 et le test de la bandelette indique 1+, la protéinurie est fortement suspectée. La protéinurie est définitivement avérée quand la bandelette indique 2+. 

DU Niveau de protéines = 0 Niveau de protéines 1+ Niveau de protéines 2+
< 1012 Pas de protéinurie Protéinurie probable
Mesurer le RPCU
Protéinurie
Mesurer le RPCU
> 1012 –
< 1030
Pas de protéinurie Pas de protéinurie Protéinurie
Mesurer le RPCU
> 1030 Pas de protéinurie Pas de protéinurie Protéinurie
Mesurer le RPCU

Tableau 1. Comparer les résultats de la densité urinaire (DU) et du test « protéine » par bandelette aide à déterminer si le rapport protéine/créatinine de l’urine (RPCU) doit être mesuré 2.

Le RPCU

Des valeurs supérieures à 0,4 chez le chat et 0,5 chez le chien indiquent une protéinurie rénale. Cependant, pour interpréter correctement le résultat du test, il est important d’être conscient des éventuelles variables biologiques et analytiques qui suivent.

Variabilité journalière

Pour obtenir une estimation faible de la protéinurie, il est généralement nécessaire de mesurer le RPCU pendant plusieurs jours consécutifs et de calculer la valeur moyenne. Sinon, le RPCU peut être estimé à partir d’un pool d’échantillons prélevés pendant trois jours consécutifs. Puisque le RPCU peut beaucoup varier sur plusieurs jours, quand on l’analyse de manière régulière, les résultats de deux séries d’échantillons pourront être considérés comme significativement différents seulement si l’écart est ~80 % pour des valeurs basses du RPCU (autour de 0,5) et ~35 % pour des valeurs élevées (autour de 12). Une seule mesure permet d’estimer de manière fiable le RPCU quand le rapport est < 4, mais 2 à 5 évaluations sont nécessaires pour les valeurs plus élevées du RPCU (Tableau 2). 

RPCU (niveau de base) RPCU assurément diminué RPCU assurément augmenté Nombre d’échantillons pour une évaluation fiable de la protéinurie
0,5 < 0,1 > 0,9 1
1 < 0,3 > 1,7 1
2 < 0,9 > 3,1 1
4 < 2,1 > 5,9 1
6 < 3,5 > 8,8 2
8 < 4,9 > 11,1 3
10 < 6,3 > 13,7 4
12 < 7,8 > 16,2 5

Tableau 2. Le rapport protéine/créatinine de l’urine (RPCU) moyen doit être calculé en utilisant des échantillons collectés pendant plusieurs jours consécutifs. Puisque le rapport peut considérablement varier, les résultats de deux séries d’échantillons ne seront considérés comme significativement différents que si la variation est ~80 % pour des valeurs basses de RPCU, et ~35 % pour des valeurs élevées de RPCU 3.

Variabilité analytique

Les coefficients de variation du RPCU sont de 10 à 20 % quand le RPCU = 0,2 et autour de 10 % pour un RPCU = 0,5. Cette imprécision analytique peut donc conduire à une autre forme d’erreur, surtout quand on atteint les extrêmes des valeurs « borderline » ; par exemple, un patient peut être jugé à tort non-protéinurique quand la valeur du RPCU se situe autour de 0,15-0,25, ou classé à tort comme protéinurique avec un RPCU autour de 0,45-0,55 (Figure 4). 

Une analyse imprécise du rapport protéine/créatinine de l’urine (RPCU) peut conduire à une interprétation erronée du résultat. Les coefficients de variation du RPCU sont environ de 10-20 % quand le RPCU= 0,2 et autour de 10 % quand le RPCU= 0,5 ( 4 ).

Figure 4. Une analyse imprécise du rapport protéine/créatinine de l’urine (RPCU) peut conduire à une interprétation erronée du résultat. Les coefficients de variation du RPCU sont environ de 10-20 % quand le RPCU= 0,2 et autour de 10 % quand le RPCU= 0,5 4. © Paola Scarpa / redrawn by Sandrine Fontègne

Méthode de laboratoire

Le RPCU peut être obtenu par différentes méthodes (Bleu Brillant de Coomassie et Rouge Pyrogallol), pouvant conduire à des résultats variables (avec une différence moyenne de 0,1-0,2). Il est donc conseillé de se référer toujours au même laboratoire pour éviter d’ajouter de la variabilité au résultat.

Sédiment urinaire

La présence de contaminants tels que du sang (hématurie macroscopique) (Figure 5) ou une pyurie (Figure 6) fera considérablement augmenter le RPCU. Chez les chats, cette hausse est également observée avec une microhématurie. Il est conseillé d’éviter de réaliser un RPCU sur un échantillon contenant un sédiment actif. En cas d’urolithiase, d’infection urinaire ou de cystite idiopathique féline, il est préférable de mesurer le RPCU après la résolution de l’affection. 

La présence d’une contamination sanguine (hématurie macroscopique) dans un sédiment urinaire fait augmenter significativement le rapport protéine/créatinine (RPCU).
Figure 5. La présence d’une contamination sanguine (hématurie macroscopique) dans un sédiment urinaire fait augmenter significativement le rapport protéine/créatinine (RPCU). © Paola Scarpa
Une pyurie dans un sédiment urinaire fera aussi augmenter significativement le rapport protéine/créatinine (RPCU).
Figure 6. Une pyurie dans un sédiment urinaire fera aussi augmenter significativement le rapport protéine/créatinine (RPCU). © Paola Scarpa

Sexe

Les chiens mâles intacts peuvent présenter un RPCU entre 0,2 et 0,5, mais il peut chuter en dessous de 0,2 après castration.

Lieu du prélèvement

Le RPCU est plus élevé quand l’urine a été recueillie dans un environnement clinique plutôt que domestique.

Manipulations de l’échantillon et stockage

Stocker un échantillon d’urine avant de l’analyser peut potentiellement causer plusieurs problèmes.

Bilirubine

Il est important de noter que la bilirubine est un composé instable qui s’oxyde facilement en biliverdine quand elle est exposée à la lumière ou à l’air. Pour cette raison, quand on utilise une bandelette, la bilirubinurie doit être analysée dans les 30 minutes suivant le prélèvement. 

Paola Scarpa

Une évaluation initiale de la protéinurie peut être faite avec une bandelette, mais si cette méthode est sensible pour la détection de l’albumine, elle l’est moins pour les globulines ou les fractions protéiques.

Paola Scarpa

Cétones

La bandelette peut donner un résultat faussement négatif pour les cétones si l’échantillon à analyser a été exposé à l’air pendant plus de 2 heures, si la bandelette a été exposée à la lumière, à l’humidité, ou si l’urine est très acide.

Température 

La réfrigération d’un échantillon d’urine peut provoquer la précipitation de cristaux de struvite.
Figure 7. La réfrigération d’un échantillon d’urine peut provoquer la précipitation de cristaux de struvite. © Paola Scarpa

La réfrigération préserve de nombreuses caractéristiques chimiques et physiques de l’urine, mais l’échantillon doit être ramené à température ambiante, avant de réaliser une analyse par bandelette, pour éviter des erreurs analytiques telles que l’inhibition de la réaction au glucose. La réfrigération inhibe la croissance bactérienne mais elle peut induire la précipitation de cristaux d’oxalate de calcium et de struvite ; leur nombre et leur taille augmenteront avec le temps (Figure 7). Quand on mesure le RPCU, l’échantillon est stable à la fois à température ambiante et à +4°C jusqu’à 12 heures après le prélèvement ; ensuite, le RPCU tend à augmenter et il est donc conseillé de congeler le surnageant pour réduire le risque d’artefacts pendant la durée de conservation.

Technique

La boîte contenant les bandelettes doit toujours rester hermétiquement fermée, et la date de péremption du test doit être vérifiée. Une interprétation adéquate des résultats d’une bandelette repose sur l’observation d’un changement de couleur à un moment précis pour chaque paramètre, et utiliser un minuteur est donc utile. Une urine très foncée ou concentrée peut aussi changer la réponse colorimétrique de la bandelette, et les tests doivent être répétés autant que nécessaire pour garantir la fiabilité des résultats.

L’analyse d’urine est un outil diagnostique à la fois banal, précieux et simple, mais des erreurs de mode de prélèvement, de stockage et du choix des paramètres à tester peuvent conduire à des résultats erronés. De plus, l’interprétation correcte de certains résultats, en particulier le RPCU, peut être délicate. Le clinicien doit garder ces éléments à l’esprit à chaque fois que des tests urinaires sont effectués.

Bibliographie

  1. Vignoli M, Rossi F, Chierici C, et al. Needle tract implantation after fine needle aspiration biopsy (FNAB) of transitional cell carcinoma of the urinary bladder and adenocarcinoma of the lung. Schweizer Archiv für Tierheilkunde 2007;149;314-318.
  2. Zatelli A, Paltrinieri S, Nizi F, et al. Evaluation of a urine dipstick test for confirmation or exclusion of proteinuria in dogs. Am J Vet Res 2010;236(4):439.
  3. Nabity MB, Boggess MM, Kashtan CE, et al. Day-to-day variation of the urine protein: creatinine ratio in female dogs with stable glomerular proteinuria caused by X-linked hereditary nephropathy. J Vet Intern Med 2007;21(3):425-430.
  4. Rossi G, Giori L, Campagnola S, Zatelli A, et al. Evaluation of factors that affect analytic variability of urine protein-to-creatinine ratio determination in dogs. Am J Vet Res 2012;73:779-788.
Paola Scarpa

Paola Scarpa

Paola Scarpa est diplômée de la faculté de Médecine vétérinaire de Milan et a effectué un PhD dans la même université. En savoir plus

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