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Numéro du magazine 22.3 Dentaire

Epidémiologie de la maladie parodontale chez le chat âgé

Publié 06/04/2021

Ecrit par Elizabeth Lund

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Les affections de la cavité buccale sont les diagnostics les plus fréquents chez le chien comme chez le chat. Non seulement beaucoup de ces troubles sont évitables...

Epidémiologie de la maladie parodontale chez le chat âgé

Les affections de la cavité buccale sont les diagnostics les plus fréquents chez le chien comme chez le chat 1. Non seulement beaucoup de ces troubles sont évitables, mais les associations décrites entre la maladie parodontale et les maladies systémiques chez l’animal 2 3 4 comme chez l’Homme 5 6 doivent inciter les vétérinaires à prendre des mesures proactives qui permettront d’améliorer la qualité de vie globale des animaux et de leurs propriétaires.

Méthodes d’analyse  

Pour cette analyse de population ont été sélectionnés des chats vus en consultation à Banfield en 2006 âgés d’au moins 5 ans et ayant fait l’objet d’un ou plusieurs diagnostics de pathologie orale. Ces cas ont été comparés à un échantillon de 5 000 chats vus à Banfield d’âges équivalents mais sans diagnostic de pathologie orale. Les taux de prévalence globale de toutes les pathologies orales, incluant les diagnostics de maladie parodontale, ont été calculés pour la population de Banfield. Les prévalences des signes cliniques observés dans la population souffrant de maladie parodontale (tartre dentaire, gingivite, rétraction gingivale, poches parodontales et/ou tartre sous-gingival) ont également été estimées. Une régression logistique a été utilisée pour déterminer les facteurs de risques permettant d’identifier les chats les plus à risque de diagnostic de maladie parodontale. Les facteurs de risque potentiels évalués dans le modèle étaient l’âge, la race, le sexe, la localisation géographique et les diagnostics concomitants (à savoir surpoids, obésité, souffle cardiaque, insuffisance rénale chronique, agressivité, diabète sucré, FIV, insuffisance rénale aiguë, cardiomyopathie hypertrophique ou FeLV).

Pour quantifier le risque, le risque relatif (RR) a été estimé à partir de l’odds ratio (OR) 7 pour l’association entre l’âge, la race, le sexe et les maladies concomitantes importantes. Pour cette analyse, nous avons fixé la valeur de p à 0,05 pour déterminer la significativité statistique. 

Résultats  

Les dossiers médicaux de la base de données Banfield 2006 ont permis d’identifier 103 934 chats âgés d’au moins 5 ans dont 55 455 (53,4 %) ont fait l’objet d’un diagnostic de pathologie orale ; 16 374 (15,8 %) avaient un diagnostic de maladie parodontale. Dans ce groupe, les signes cliniques suivants ont été décrits : tartre (94,2 %), tuméfaction ou inflammation des gencives (69,5 %), poches parodontales infectées (18,1 %), rétraction gingivale (17,7 %) et halitose (13 %). L’âge moyen des chats de ce groupe était de 9,8 ans, contre 9,7 ans pour le groupe témoin. 

Le Tableau 1 détaille les prévalences de certains problèmes oraux et parodontaux dans le groupe MP (maladie parodontale), et le Tableau 2 liste les prévalences des maladies/problèmes supposés associés à la maladie parodontale dans le groupe MP par rapport au groupe témoin. Les résultats statistiquement significatifs de l’analyse multivariée sont présentés dans le Tableau 3. 

 
 
Tableau 1. Prévalence de certains diagnostics oraux/parodontaux chez les chats souffrant de maladie parodontale.
Diagnostic Groupe MP (n=16,374)
Tartre dentaire*  39,7%
Gingivite  28,6%
Maladie parodontale de stade 2** 25,1%
Maladie parodontale de stade 1**  20,6%
Maladie parodontale (non spécifiée)** 16,2%
Maladie parodontale de stade 3**  15,9%
Maladie parodontale de stade 4** 4,6%
Rétraction gingivale 1,7%
Poches parodontales  0,4%
Tartre sous-gingival 0,04%

 

 

Tableau 2. Prévalence de certains diagnostics chez les chats souffrant ou non de maladie parodontale. 
Diagnostic Groupe MP (n=16374)  Témoin (n=5 000)
Surpoids 15,6% 3,5%
Obésité 5,0%  1,1%
Souffle cardiaque 5,0%  1,2%
Insuffisance rénale chronique 3,3%  3,1%
Agressivité 2,1%  0,8%
Diabète sucré 1,9% 1,1%
Dermatite 1,8% 1,3%
FIV  0,7% 0,3%
Insuffisance rénale aiguë 0,5% 0,4%
Cardiomyopathie hypertrophique 0,3% 0,1%
FeLV  0,2%  0,2%

 


Tableau 3. Résultats de l’analyse multivariée : facteurs de risque de la maladie parodontale chez les chats de plus de 5 ans.
Variable du modèle Risque relatif***  Intervalle de confiance
Surpoids 5,0 4,3-5,9
Souffle cardiaque 4,5 3,5-5,9
Obésité 4,5 3,4-5,9
FIV  2,8 1,6-4,9
Agressivité 2,2 1,5-3,0
Himalayan  1,6 1,3-2,0
Diabète sucré 1,5 1,1-2,0
Castré/stérilisé 1,5 1,2-1,8
Persan 1,3 1,1-1,6
Siamois 1,3 1,1-1,5

* Les chiffres ne sont pas les mêmes pour les concrétions dentaires et le tartre car le tartre est un DIAGNOSTIC et les concrétions sont une observation d’EXAMEN CLINIQUE – si des concrétions étaient visibles à l’examen clinique mais n’étaient pas suffisantes pour justifier une intervention, il n’y avait pas de diagnostic de tartre.
** La maladie parodontale a été notée comme suit : stade 1 : inflammation ; stade 2 : inflammation, gencives gonflées et début de résorption osseuse ; stade 3 : inflammation, gonflement, perte osseuse et déchaussement dentaire ; stade 4 : inflammation, gonflement, pus, perte osseuse et déchaussement dentaire.
*** Estimé à partir de l’odds ratio. Un risque relatif (RR) > 1 suggère une corrélation positive entre un résultat et un facteur, alors qu’un RR < 1 suggère une corrélation négative entre un facteur étudié et une pathologie clinique ; RR = 1 traduit l’absence de corrélation.

 

Discussion

D’après l’analyse multivariée, les chats âgés souffrant de maladie parodontale sont plus souvent castrés/stérilisés que les chats du groupe témoin, et souvent de race Himalayan, Siamois ou Persan. Ils ont aussi plus de risques de souffrir également de surpoids ou d’obésité et d’avoir un diagnostic de souffle cardiaque, d’agressivité, de diabète sucré ou d’infection FIV dans leur dossier médical. Les risques relatifs d’avoir un diagnostic de surpoids/obésité ou de souffle cardiaque étaient environ cinq fois plus élevés pour les chats souffrant de maladie parodontale que pour leurs témoins. Le diagnostic concomitant d’agressivité est un facteur intéressant et pourrait correspondre à une réaction comportementale à la douleur susceptible d’accompagner une maladie parodontale sévère.

Références bibliographiques

  1. Lund EM, Armstrong PJ, Kolar LM, et al. Health status and population characteristics of dogs and cats examined at private veterinary practices in the United States. J Am Med Vet Assoc 214;1999:1336-1341.
  2. Logan EI. Dietary influences on periodontal health in dogs and cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract 2006;36:1385-401.
  3. Glickman LT, Glickman NW, Moore GE, et al. Evaluation of the risk of endocarditis and other cardiovascular events on the basis of the severity of periodontal disease in dogs. J Am Vet Med Assoc 2009;234(4):486-94.
  4. Glickman LT, Glickman NW, Moore GE, et al. Association between chronic azotemic kidney disease and the severity of periodontal disease in dogs. Prev Vet Med 2011;99(2-4):193-200.
  5. Iacopino AM. Periodontitis and diabetes interrelationships: role of inflammation. Ann Periodontol 2001;6:125-137.
  6. Beck JD, Offenbacher S. The association between periodontal diseases and cardiovascular diseases: A state-of-the-science review. Ann Periodontol 2001;6:9-15.
  7. Odds ratio and Relative risk. Wikipedia. Available at: http://en.wikipedia.org/wiki/ Relative_risk. Accessed June 8, 2012.

Elizabeth Lund

Elizabeth Lund

Elizabeth Lund, Banfield Pet Hospital, Portland, Oregon, Etats-Unis En savoir plus

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