Magazine scientifiques et médicaux internationaux pour les professionels de la santé animale

Numéro du magazine 2 Ressources humaines

Comment devenir un collègue apprécié (Partie 2)

Publié 27/04/2021

Ecrit par Philippe Baralon , Antje Blättner , Pere Mercader et Mark Moran

Aussi disponible en Deutsch , Español et English

Après avoir été accepté dans la clinique vétérinaire, vous devrez apprendre à gérer du personnel. Vous devrez aussi prendre soin de vous et éviter le surmenage. Cet article vous dit comment.

Comment devenir un collègue apprécié

Points clés

Même si vous ne gérez pas le personnel, vous devez connaître les règles de base de la gestion des personnes.


Trouver le bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et éviter l’épuisement est essentiel, même pour un jeune vétérinaire praticien.


Comment superviser et motiver une équipe

Que votre rôle dans la clinique comprenne ou non la responsabilité directe d’autres membres du personnel, on vous demandera très certainement de superviser par moments le travail d’autres membres de l’équipe. Il peut s’agir par exemple des ASV (auxiliaires de santé vétérinaire) qui travaillent avec vous dans la salle d’opération, ou de personnel moins qualifié sur un site où, de fait, vous êtes la personne la plus expérimentée. Quel que soit votre rôle, il est utile de savoir comme obtenir le meilleur des autres.

Respectez les autres

La règle primordiale lorsque l’on est superviseur, c’est de respecter les autres quoi qu’il se passe. Vous devez montrer du respect envers vos collaborateurs, quels que soient leur rôle ou leur formation, ou la façon dont, selon vous, ils s’acquittent de leurs tâches. N’oubliez pas que toute personne travaillant dans une clinique vétérinaire y vient parce qu’elle souhaite aider les animaux à vivre mieux. Il est donc très rare qu’un membre de l’équipe vienne avec l’intention délibérée de faire quelque chose de mal. 

Ainsi, vous n’avez aucune excuse si vous manquez de respect à vos collaborateurs en leur criant dessus ou en élevant la voix, en cherchant à les intimider (brimades), en les appelant par un autre nom que le leur ou celui qu’ils ont choisi, ou en faisant des commentaires se référant à leur sexe, à leur orientation sexuelle ou à leur croyance religieuse.

 

Apprenez à donner des feed-back

Un des rôles clés du superviseur est de savoir donner des feed-back qui soient utiles aux membres de l’équipe. Il est très important de donner et de recevoir des feed-back pour améliorer les performances de chacun et identifier comment améliorer les méthodes de travail.

Beaucoup de modèles psychologiques complexes ont été développés pour donner et recevoir ces feed-back mais il existe un modèle simple, souvent appelé la méthode du hamburger, qui fonctionne dans la majorité des cas.

Ainsi, pour donner un feed-back efficace, imaginez-vous en train de préparer un hamburger : commencez par des compliments, qui représentent la tranche de pain inférieure. Sur celle-ci, ajoutez la garniture en commençant par décrire l’action que vous voulez revoir telle que vous l’avez observée (la viande), puis votre perception des effets de cette action sur le problème en question (le fromage). Terminez en l’interrogeant sur ce qu’il en pense ou en lui suggérant les améliorations à apporter (la salade). Recouvrez le tout d’une tranche de pain formée d’un résumé des actions acceptées et d’une dernière couche de compliments parce que vous êtes tombés d’accord sur les résultats (Figure 7).

 
Figure 7. Le modèle du hamburger illustre comment donner des feed-back. © Shutterstock

 Félicitez en public, critiquez en privé

Soyez généreux en compliments et discrets sur les critiques. Si le comportement de votre collègue vous contrarie, vous devez essayer de résoudre le problème avec lui en soulevant la question en privé (Figure 8). Votre patron ne fera pas confiance et ne soutiendra pas un jeune employé qui critique systématiquement ses collaborateurs.
 
Figure 8. Si les compliments peuvent être faits en public, les critiques ou feed-back négatifs doivent toujours s’exprimer en face à face. © Shutterstock

Le pouvoir du mot « Merci »

Il n’existe rien de plus motivant qu’un simple « Merci » dit au bon moment. Plus le compliment est personnel et spécifique, plus son pouvoir est grand. Lorsque vous dites « Merci », essayez de vous référer à l’acte bien spécifique effectué par votre collègue et dites-lui pourquoi le résultat obtenu vous a été bénéfique, ou a bénéficié à l’animal, à son propriétaire ou à la clinique. Voici un exemple : « En restant plus tard hier soir, tu nous as permis de donner immédiatement les soins nécessaires à l’animal et, grâce à cela, ses chances de guérison ont été bien meilleures. Merci beaucoup ! »

Il existe aussi un autre moyen très efficace de faire des compliments, c’est de les remonter à son supérieur hiérarchique, soit verbalement, soit en les incluant dans l’envoi d’un e-mail ou d’une note. Remonter des compliments à des personnes plus élevées dans la hiérarchie apporte une reconnaissance supplémentaire des efforts fournis et renforce leur valeur.

 
 
Philippe Baralon

Il n’existe rien de plus motivant qu’un simple « Merci » dit au bon moment. Plus le compliment est personnel et spécifique, plus son pouvoir est grand.

Philippe Baralon

Motivez par l’enrichissement des tâches

Les bons managers et superviseurs cherchent constamment des moyens de motiver leur équipe par l’enrichissement des tâches. Néanmoins, il faut faire attention à ne pas enrichir à tel point que l’employé ne parvient plus à tenir aisément son rôle, parce que dans ce cas, il montrera rapidement de l’insatisfaction. Le bon équilibre est obtenu par la communication et la mise en place de feed-back continus (Encadré 2). 
 
Encadré 2

 Exemples d’enrichissement du travail

  • Attribuer une unité de travail complète à une seule personne
  • Donner des responsabilités supplémentaires
  • Introduire une nouvelle tâche plus difficile
  • Confier des tâches spécifiques à une personne pour qu’elle devienne experte

 

Développer son équipe pour faire face à l’avenir

Les entreprises vétérinaires de grande taille ainsi que de plus en plus de cliniques importantes adoptent une approche plus structurée du management par les performances afin de formaliser l’évolution des individus au sein de la clinique. Que votre clinique utilise un système formalisé ou une approche plus informelle, le concept est le même : les buts et les objectifs de la clinique seront mieux atteints en faisant progresser les individus membres de l’équipe. De nombreuses études ont montré qu’une gestion des performances bien intégrée apporte un bénéfice en termes d’engagement du personnel, de satisfaction au travail et de clarté des objectifs. Le système de gestion des performances le plus simple se compose de 3 phases et semble souvent adapté à l’échelle de la plupart des cliniques vétérinaires.

1. Une évaluation

L’évaluation annuelle est au cœur de tous les systèmes de gestion des performances. C’est l’occasion pour l’employé et son supérieur direct de se réunir pour passer en revue les progrès obtenus au cours de l’année écoulée et convenir des objectifs à atteindre pour les 12 mois à venir. Qu‘elle soit formelle ou informelle, cette réunion annuelle doit être positive et faire partie intégrante du développement permanent de tout membre de l’équipe (vous y compris !).

2. Un plan de développement individuel

Le plan de développement individuel découle directement de l’évaluation et doit établir comment atteindre les objectifs de développement identifiés lors de l’entretien d’évaluation. Dans ce plan, il est important que l’employé assume des responsabilités pour son propre développement, avec le soutien de la clinique et de son supérieur direct.

3. Des réexamens réguliers

Il faut revoir au moins une fois par an les progrès qui ont été faits par rapport au plan de développement. Dans l’idéal, cet examen doit se faire à chaque fin de trimestre pour bien surveiller les progrès et mettre en place des ajustements si nécessaire. La direction doit aussi mesurer le résultat global du système de gestion des performances afin de s’assurer que tous les employés ont bien été évalués au moment prévu et que les entrevues intermédiaires sont bien à jour.

Comment tirer le meilleur parti de votre première expérience en clinique

Une fois l’excitation passée à la pensée de commencer ce nouveau travail (ou votre premier travail), il vous faudra réfléchir à la façon dont vous pourrez rendre cette expérience la plus intéressante possible. Pour bien des gens, rencontrer une nouvelle équipe peut être une tâche difficile et vous allez vous efforcer de vous couler dans le moule. Voici, en quelques étapes simples, ce que vous pouvez faire pour augmenter les chances que votre expérience soit profitable aussi bien pour vous que pour votre nouvel employeur.
 

Comprenez bien vos propres objectifs

Prenez le temps de réfléchir à ce que vous espérez obtenir professionnellement et personnellement en travaillant dans cette clinique. Soyez exigeant envers vous-même, tout en restant réaliste sur ce que la clinique peut vous apporter. Fixez-vous non seulement les objectifs que vous désirez atteindre mais décidez également ce que vous devez faire pour y arriver et à quelle échéance. Pour chacun de vos objectifs, établissez les avantages que vous en tirerez si vous les atteignez et les problèmes engendrés dans le cas contraire. Être très clair sur les avantages et les risques vous permettra de mieux jauger l’importance de chaque objectif.
 

Classez vos objectifs en vous plaçant du point de vue de la clinique

Lorsque vous établissez vos objectifs, prenez le temps de réfléchir à ce qu’ils pourront apporter à la clinique. Essayez d’identifier dans quelle mesure vos objectifs, s’ils sont soutenus par la clinique, aideront cette dernière à atteindre ses propres objectifs. Plus le degré d’intérêt mutuel est important, plus il y a de chances que la clinique vous soutienne. A l’inverse, si vous vous apercevez que les avantages pour la clinique sont très faibles voire inexistants, il ne faudra pas vous attendre à être soutenu et vous devrez vous préparer à prendre des dispositions particulières ou à rechercher un arrangement profitable à tous.
 

Discutez ouvertement avec eux dès le départ

Votre nouvel employeur attend de vous que vous ayez des ambitions et que vous souhaitiez améliorer vos compétences. Il est possible qu’il vous ait questionné sur ce point durant votre entretien d’embauche. Une des principales causes de départ d’un bon employé d’une clinique est la non-réalisation de ses ambitions personnelles. De ce fait, n’ayez pas peur de discuter ouvertement de vos objectifs avec votre employeur, en gardant en tête les conseils présentés ci-dessus, et cherchez à travailler avec lui afin de développer une coopération fructueuse.


Maintenez un dialogue constant (réévaluation)

Comme nous l’avons vu, pour qu’une relation entre un employeur et son employé soit équilibrée, les bénéfices doivent être réciproques et, bien souvent, cela implique de faire des concessions de part et d’autre. Il est également nécessaire d’accepter que les besoins de chacune des parties évoluent avec le temps. C’est pourquoi il est important de créer et de maintenir un dialogue constant avec votre employeur via votre supérieur hiérarchique. En fin de compte, l’employé doit assumer la responsabilité de son propre développement et se préparer à jouer un rôle proactif dans ce processus.


Comment bien gérer son temps

Le temps est une ressource bien particulière. Il ne peut être ni stocké, ni étiré, ni comprimé, ni changé d’aucune manière. Il faut donc l’utiliser au mieux.
 

Planifiez votre temps

L’on dit souvent que « la réussite, c’est 90 % de préparation et 10 % de transpiration » (Figure 9), ce qui signifie que plus vous passerez de temps à bien vous préparer à une tâche, plus vous en gagnerez lorsque vous l’effectuerez.
  • Par conséquent, commencez toujours la journée par la planification de votre temps !
  • Faites la liste de tout ce que vous espérez faire dans la journée, puis organisez votre temps en classant les items de votre liste par ordre de priorité : la tâche est-elle urgente ? Importante ? Urgente et importante à la fois ? Ni urgente, ni importante ?
  • Terminez votre planning en l’organisant par ordre de priorité : accomplir d’abord les tâches urgentes et importantes, puis les tâches urgentes, et enfin les tâches importantes. Quant aux tâches ni urgentes ni importantes, demandez-vous pourquoi vous devez les faire !
     
Figure 9. Allouer plus de temps à la planification et à la préparation se traduira par un gain de temps lors de l'exécution.

Organisez votre temps

Décidez ce que vous devez faire en premier :

  • Commencez par les tâches les plus simples et rapides (pour vous en débarrasser).
  • Regroupez les tâches semblables (pour utiliser efficacement votre temps).
  • Mettez-vous ensuite aux tâches plus importantes.
  • Envisagez de déléguer une partie de vos tâches.
  • Si la tâche n’est ni urgente ni importante :
    - vérifiez qu’elle est vraiment nécessaire ;
    - envisagez de déléguer tout ou partie de ces tâches à d’autres personnes.
     

Orientez vos efforts

Fixez-vous des objectifs réalistes que vous pourrez vraiment atteindre et préparez-vous à établir des échéances si cela vous aide à rester concentré. Fêtez vos succès en vous octroyant une petite pause ou un petit plaisir afin de vous encourager à terminer vos tâches. 
 
C’est en canalisant votre énergie et vos efforts que vous ferez la différence entre « être dépassé » et « se dépasser ».


Travaillez en coordination avec les autres

Nous travaillons au sein d’une équipe donc il est vital de coordonner nos efforts. Cependant, le temps de coordination doit être justifié par les résultats obtenus. Il est vital de bien gérer son temps en commun lorsqu’on veut en faire bon usage. Pour cela, établissez des règles pour la tenue de vos réunions :

  • Insistez sur la ponctualité, respectez les autres et soyez à l’heure.
  • Etablissez clairement l’ordre du jour avec un objectif pour chaque thème abordé.
  • Restez concentré sur le résultat désiré, ne vous laissez pas distraire.
  • Notez les résultats escomptés : quoi ? par qui ? quand ?
  • Evaluez : le dernier point de l’ordre du jour doit être « Comment aurions-nous pu rendre cette réunion plus efficace ? »
  • Terminez à l’heure prévue.
     

Evitez de collectionner les « patates chaudes »

Une « patate chaude », c’est un problème qui cherche une solution. Lorsque vous en avez une, elle vous empêche souvent de faire ce que vous avez réellement envie de faire et vous vous dites « si seulement je ne devais pas d’abord régler ce problème, je pourrais m’occuper d’autre chose ». Nous pouvons aussi aider un de nos collègues à se délester de sa « patate chaude » en lui disant « allez, parle-moi de ton problème, comme ça tu pourras t’occuper d’autre chose... »).
 
Vous ne devez pas vous laisser aller à la facilité en vous disant que vous avez hérité de tous les dossiers épineux de la clinique, ce qui explique que vous ne pouvez pas faire votre travail ou n’avez pas le temps de résoudre tous les problèmes que vous avez accumulés. Evitez de vous encombrer de toutes ces « patates chaudes » en donnant à vos collègues les compétences et la latitude nécessaires pour résoudre leurs problèmes tout seuls. Ainsi, ils pourront gérer leurs propres « patates » sans votre aide si ces problèmes reviennent. Encore une fois, une « patate chaude » n’est rien d’autre qu’un problème à résoudre. Par conséquent, apportez-lui une solution au lieu de lui donner un refuge pour s’installer !
 

Vérifiez vos progrès

Etablissez un « journal horaire » pour vous rendre compte de la façon dont vous utilisez votre temps en temps réel. Vous pourriez être surpris du résultat ! Passez en revue votre journal pour identifier les domaines d’améliorations possibles. Planifiez les progrès à faire en identifiant ce qu’il vous faudra modifier et comment vous y prendre. Mettez ces changements en place puis, au bout de 2 ou 3 semaines, analysez vos progrès. Demandez-vous ce qui s’est bien passé et ce que vous avez été capable d’apprendre (Figure 10). Identifiez alors les domaines à améliorer, planifiez les progrès à faire, mettez en place les changements, analysez vos progrès et demandez-vous « Qu’ai-je appris ? ». Puis repartez sur un nouveau cycle :

 Nous ne pouvons pas gérer le temps.
Nous pouvons seulement nous gérernous-mêmes par rapport au temps.
Antje Blättner

Etablissez un « journal horaire » pour vous rendre compte de la façon dont vous utilisez votre temps en temps réel.

Antje Blättner

Figure 10. Un système d’amélioration rapide par cycle. © Petr Vaclavek 

Gérez le temps que vous passez avec vos collègues et vos clients

Le fait que nous appartenons à une équipe et que nos actions sont souvent liées à celles des autres est un des éléments importants de la gestion de notre temps. Notre façon de gérer notre temps peut avoir un impact positif ou négatif sur la façon dont nos collègues géreront le leur, et vice versa. Il est très important de reconnaître l’impact de la gestion du temps sur les autres (nos collègues mais aussi nos clients) pour bien travailler en équipe et apporter un service de qualité à nos clients. Ainsi, par exemple, si vous laissez s’éterniser une consultation pour arriver à de meilleurs résultats avec un client en particulier, il est très probable que vous perturbiez l’ensemble des clients qui ont les rendez-vous suivants sur la même plage horaire. Cela peut même avoir un impact sur vos collègues si toutes les consultations sont retardées et si le programme des chirurgies ou des réunions est modifié.

N’oubliez pas d’être réaliste !

Lorsqu’un client, un collègue ou votre patron vous demande de faire quelque chose, il est toujours très tentant d’accepter une échéance non réalisable par crainte de mécontenter ou de décevoir. Mais c’est inévitable, cette action vous conduira à décevoir cette personne et à développer la réputation de ne pas être fiable. Prenez le temps de poser des questions et de vous mettre d’accord sur l’échéance requise afin de comprendre l’urgence et l’importance de la tâche. Préparez-vous à négocier si nécessaire pour vous mettre d’accord sur une échéance avec laquelle vous serez plus à l’aise. Si vous trouvez que l’on vous demande continuellement d’effectuer des tâches dans des délais que vous considérez comme totalement irréalistes, abordez cette question avec vos collègues ou votre patron afin d’identifier s’il existe un problème sous-jacent portant sur votre vitesse de travail ou votre capacité à gérer votre temps. Souvenez-vous que chaque vétérinaire a été un jour un jeune praticien inexpérimenté. De ce fait, en général, vos collègues plus aguerris vous comprendront et vous soutiendront. Ils pourront également vous aider en vous faisant part d’idées ou de suggestions tirées de leur expérience.
 

Comment garder un bon équilibre entre le travail et la vie privée

La plupart des vétérinaires s’investissent beaucoup dans leur travail (parfois même complètement), travaillant de longues heures et passant le plus clair de leur temps à la clinique ou en formation continue. Des études internationales ont mis en évidence un plus haut niveau de stress et d’insatisfaction au travail au sein de la profession vétérinaire que dans d’autres professions comparables ; ces facteurs peuvent provoquer des troubles psychologiques significatifs (stress, anxiété et dépression) et mener dans certains cas à l’alcoolisme ou à la toxicomanie. Il est donc important que les jeunes vétérinaires soient bien conscients de ces problèmes et cherchent à préserver un bon équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée, en adéquation avec leurs besoins propres et leurs envies (Encadré 3). N’oubliez jamais qu’une vie bien équilibrée est gage de bonne santé, vous donne confiance en vous et vous aide à atteindre vos objectifs. Elle aide aussi ceux qui vivent et travaillent avec vous parce que vous êtes plus amical et d’humeur égale. Si vous construisez des relations solides dans votre vie professionnelle comme dans votre vie privée, vous tendrez naturellement vers un équilibre qui vous permettra de faire face aux défis quotidiens de la vie*.

*JAVMA, vol 240, N0 7 1er avril 2012 « Veterinarian satisfaction with companion animal visits ».


Encadré 3
Astuces pratiques pour garder un équilibre entre votre vie professionnelle et votre vie privée
  • Ne donnez pas votre numéro de téléphone privé et votre adresse e-mail à vos clients
  • Si un client vous contacte en privé (certains propriétaires débordent d’imagination pour obtenir vos coordonnées), ne répondez pas ou demandez-lui de rappeler la clinique
  • Evitez de donner des avis ou des « mini » consultations en dehors de la clinique
  • Ne proposez pas vos services en dehors de la clinique
  • Planifiez et structurez un équilibre de vie professionnelle/privée fait sur mesure, puis suivez-le
  • Lorsque vous êtes à la clinique, restez fidèle à vos valeurs professionnelles et privées
  • Souvenez-vous de ces points lorsque vous serez devenu le patron

 

Agissez comme un professionnel

Pour que l’équilibre vie professionnelle/vie privée fonctionne (chez un vétérinaire), la première chose à faire, et la plus importante, est de maintenir une distance professionnelle entre vous, vos clients et votre équipe. Séparez totalement votre vie professionnelle de votre vie privée, c’est-à-dire que lorsque vous êtes au travail, soyez disponible à 100 %, mais dès que vous sortez de votre environnement de travail, redevenez une personne privée autorisée à avoir du temps libre. Ne laissez pas vos clients vous aborder lorsque vous faites vos courses au supermarché, ni vous appeler ou vous contacter par mail ou sur les réseaux sociaux. Soyez aimable mais cohérent avec le message suivant : « J’ai bien reçu votre demande. Toutefois, pour le moment, je ne suis pas au travail. Appelez la clinique pour prendre rendez-vous ». Ce message est également important lorsque vous vous adressez aux autres membres de la clinique. Il est possible que l’un d’entre eux vous aborde et essaye de se décharger parfois sous un prétexte fallacieux comme « Tu es super doué pour ce travail » ou « Je dois rentrer rapidement chez moi ce soir ». Il est possible que vous vous sentiez alors flatté et important, mais en réalité cette personne est en train de vous manipuler pour que vous fassiez les tâches qui lui incombent. Cette situation peut être délicate, en particulier lorsque vous débutez votre carrière, parce qu’au début, vous trouvez cela plutôt bien d’être considéré comme la « personne sympa ». Mais faites attention à ne pas tomber dans ce piège, vous pourriez très bien ne pas en sortir et mettre sérieusement en péril votre équilibre vie privée/ vie professionnelle. Il vaut bien mieux dissocier ces deux aspects de votre vie en faisant quelques petites exceptions de temps en temps lors de situations exceptionnelles. Cela ne signifie aucunement que vous n’êtes pas quelqu’un de sympathique et compatissant, mais seulement que vous devez établir et garder une distance professionnelle salutaire, même si cela est parfois difficile. Au début de votre carrière, vous pouvez accepter de travailler dans des conditions suboptimales pendant un certain temps, mais à moins que la clinique ne partage les mêmes valeurs que vous, vous ne serez pas heureux à long terme et vous devrez peut-être prendre la décision de rechercher un nouvel environnement de travail plus adapté.

Pere Mercader

Déterminez si votre clinique partage vos valeurs concernant le travail et les loisirs, ou si vous devrez être disponible tout le temps.

Pere Mercader

Etablissez clairement vos priorités

Pour déterminer ce qui est réellement important pour vous dans votre vie, faites une liste sur laquelle vous noterez tout ce que vous aimez faire et même les activités que vous n’avez encore jamais faites. Vous avez le droit d’avoir des visions, des objectifs et même des rêves. Scindez cette liste en deux : les activités privées (famille, sport, passe-temps) et les activités professionnelles. Vous pourrez ensuite classer chaque activité en commençant par ce qui vous semble « très important » pour terminer par les activités « sympas à faire » : vous obtiendrez une vision globale montrant clairement vos préférences. Passez à l’étape suivante qui consiste à évaluer le temps que vous avez déjà passé à faire ces activités et le temps que vous aimeriez y consacrer, puis ajoutez ces données aux activités importantes de votre liste.

Planifiez et structurez

Une fois que vous avez terminé votre liste d’activités, mettez en place un planning pour organiser votre temps de façon équilibrée entre vos activités privées et professionnelles favorites du lundi au vendredi ou samedi. De la sorte, vous aurez assez de temps pour les choses que vous devez faire et du temps libre pour des choses spontanées et non planifiées qui sont tout aussi importantes pour tout un chacun et ne doivent pas être négligées. Dans un environnement équilibré travail/privé, il doit toujours y avoir un peu de place pour vous permettre de faire quelque chose de nouveau et d’exaltant ainsi que du temps pour ne rien faire du tout. Il est très intéressant de placer ce planning dans un lieu où vous pouvez le voir continuellement, voire l’intégrer à votre smartphone ou à votre ordinateur. Ainsi, votre agenda électronique vous enverra un signal de rappel lorsque le moment arrivera de faire certaines activités (Figure 11) que vous avez vraiment envie de faire, même si vous êtes, par exemple, encore en train de traiter un animal dans un état critique. Le fait d’entendre ce signal vous rappellera la difficulté d’équilibrer vie professionnelle et vie privée et vous préviendra lorsque vous serez sur le point de rompre cet équilibre.

 
Figure 11. Vous devez vous créer un emploi du temps équilibré en allouant du temps à vos activités favorites, aussi bien professionnelles que privées. Il peut être intéressant de placer ce planning dans un lieu facilement accessible, ou même de l’intégrer dans l’agenda de votre smartphone ou de votre ordinateur. © Shutterstock

 Continuez à faire du sport


Il est clair que le travail d’un vétérinaire est difficile aussi bien physiquement qu’émotionnellement, et il n’est pas rare de se sentir exténué à la fin d’une journée de travail. De ce fait, il peut vous sembler difficile de vous imaginer en train de faire autre chose que de vous relaxer ou de vous allonger sur le canapé en face de la télévision. Même si le travail de vétérinaire n’est pas considéré comme un travail sédentaire, il n’est absolument pas suffisant pour maintenir votre forme physique. Des recherches ont montré que la pratique régulière d’un sport représentait la meilleure façon de réduire le stress et de compenser les effets néfastes de la tension musculaire et de la pression au travail (Figure 12). Vous n’avez pas besoin de vous rendre quotidiennement dans une salle de sport (c’est d’ailleurs impossible pour un vétérinaire à temps plein), mais il a été prouvé qu’une marche rapide de 30-40 minutes 3 à 4 fois par semaine avait un effet relaxant et équilibrant. Gardez-vous du temps pour vous promener régulièrement et vous changer les idées : c’est une merveilleuse façon de remettre en ordre ses priorités et de se recentrer sur soi-même.
Figure 12. La pratique régulière d’un sport est la meilleure façon de réduire le stress et de compenser les effets néfastes de la tension musculaire et de la pression au travail. ©Shutterstock

Conclusion

En tant que vétérinaire, nous avons tendance à nous concentrer sur l'animal et nous ne sommes pas toujours enclins à nous occuper des gens. Cependant, la qualité du relationnel que vous créerez dans votre clinique vous aidera à devenir un bon membre de l'équipe. Si vous suivez les conseils donnés dans cet article, vous pourrez être aimé non seulement par les chiens et les chats que vous soignerez, mais aussi par vos collègues !
Philippe Baralon

Philippe Baralon

Le Dr Baralon est diplômé de l'École Nationale Vétérinaire de Toulouse depuis 1984. Il a poursuivi ses études en économie (Mastère d’économie, Toulouse, 1985) En savoir plus

Antje Blättner

Antje Blättner

Le Dr Blättner a étudié à Berlin, à Munich et, après avoir obtenu son diplôme en 1988, elle a créé sa propre clinique pour animaux de compagnie. En savoir plus

Pere Mercader

Pere Mercader

Le Dr Mercader a démarré comme consultant en gestion de clientèle auprès des cliniques vétérinaires en 2001 ; depuis, il a développé son activité en Espagne En savoir plus

Mark Moran

Mark Moran

Mark Moran est consultant auprès de la profession vétérinaire depuis 19 ans. En savoir plus

Autres articles de ce numéro

Numéro du magazine 2 Publié 28/04/2021

Devenir un bon vétérinaire (Partie 2)

Cet article aborde en particulier l'art de la communication, notamment avec les propriétaires d'animaux. En effet, rien n'est plus frustrant que le manque d’observance du traitement d'un animal.

par Philippe Baralon , Antje Blättner , Pere Mercader et Mark Moran

Numéro du magazine 2 Publié 28/04/2021

Devenir un bon vétérinaire (Partie 1)

"Si votre seul outil est un marteau, tous les problèmes ressemblent à un clou". Cette partie mettra l'accent sur les différents éléments requis pour faire de vous un "bon clinicien" et pour prendre confiance dans vos décisions médicales.

par Philippe Baralon , Antje Blättner , Pere Mercader et Mark Moran