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Veterinary Focus

Numéro du magazine 31.3 Nutrition

Alimentation individualisée des animaux de compagnie

Publié 06/10/2022

Ecrit par Emmanuelle Sagols et Sally Perea

Aussi disponible en Deutsch , Italiano , Español et English

Ce court article explique pourquoi il est important de nourrir un animal de façon individualisée, comment les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de proposer des solutions nutritionnelles sur mesure pour les animaux de compagnie, et les avantages qu’elles apportent.

Crédit : Royal Canin

Plusieurs facteurs différents se combinent pour rendre chaque animal unique

Points clés

La prévention est la clé de la gestion de la santé et la nutrition joue un rôle important en la matière.


L’alimentation individualisée permet une approche holistique de l’animal : au sein du même aliment, elle prend non seulement en compte une maladie donnée mais aussi les sensibilités spécifiques de l’animal.


Introduction

Si la prévention est la clé de la gestion de la santé humaine, elle est également considérée aujourd’hui comme une voie stratégique majeure en santé animale. Des recommandations ont récemment été élaborées pour aider la profession vétérinaire dans ce domaine ; elles incluent des conseils pour optimiser l’alimentation des animaux de compagnie et des recommandations destinées aux propriétaires 1. L’espèce, la race, l’âge, le statut sexuel, le poids et l’indice de condition corporelle (ICC) rendent chaque animal unique mais celui-ci se caractérise aussi par son mode de vie, ses sensibilités individuelles et ses maladies intercurrentes (Figure 1). Pendant de nombreuses années, les vétérinaires ont pu proposer des aliments spécifiques pour compléter la prise en charge de certaines maladies mais aujourd’hui, le concept de nutrition individualisée permet d’aller encore plus loin.

Plusieurs facteurs différents se combinent pour rendre chaque animal unique

Figure 1. Plusieurs facteurs différents se combinent pour rendre chaque animal unique.
Crédit : Royal Canin/Shutterstock

Qu’est-ce que la nutrition personnalisée ?

Il est désormais possible d’adopter une approche holistique de la santé animale en proposant un régime alimentaire conçu pour chaque individu, qui prendra non seulement en compte une maladie donnée mais aussi les affections concomitantes, tout en tenant compte des sensibilités spécifiques de l’animal. Ce concept permet au clinicien d’utiliser la nutrition comme un outil majeur pour améliorer la santé des animaux, en complément de l’approche traditionnelle de la médecine vétérinaire. Cela devient encore plus important lorsqu’il s’agit de traiter des animaux malades. Il est bien connu que les besoins alimentaires des chats et des chiens présentent de nettes différences (en matière de protéines, d’acides aminés indispensables, d’acides gras essentiels et de vitamines par exemple) et la phrase « les chats ne sont pas des petits chiens » est souvent citée. Dans les deux espèces, de nombreuses maladies peuvent désormais être prises en charge par des aliments vétérinaires spécifiques mais d’autres caractéristiques individuelles peuvent également influencer les besoins nutritionnels d’un animal. Nous en faisons l’inventaire.

La race

Certaines spécificités raciales ont un impact significatif sur les sensibilités de l’animal 2. Par exemple, le squelette imposant des chats Maine Coon les expose à des problèmes articulaires ; les West Highland White Terriers sont sensibles à la dermatite atopique et présentent souvent des troubles dermatologiques 3.

L’âge

Avec le vieillissement, la capacité de l’organisme à inhiber les radicaux libres produits naturellement au cours du métabolisme diminue, et le stress oxydatif qui en résulte accélère le processus de vieillissement 4,5. En outre, contrôler le niveau de phosphore alimentaire permet de mieux maintenir la fonction rénale 6.

Le poids et l’indice de condition corporelle

Un rationnement clair et personnalisé est essentiel pour lutter contre la tendance croissante au surpoids et à l’obésité chez les chiens et les chats, qui est devenue évidente au cours des dernières décennies 7,8.

Le statut sexuel

La stérilisation entraîne une réduction du métabolisme basal des animaux. Elle influence donc les besoins énergétiques quotidiens de l’animal 9,10 mais aussi la probabilité de développement de cristaux et de calculs urinaires 11.

Le mode de vie

Un mode de vie sédentaire est associé à un risque accru de maladies des voies urinaires basses (telles que la cystite idiopathique), de problèmes dermatologiques et d’obésité 12,13.

Les maladies intercurrentes

Chez de nombreux animaux, les soins visent d’abord à traiter une maladie primaire mais les comorbidités sont fréquentes. Par exemple, les chats souffrant d’une maladie du bas appareil urinaire sont souvent en surpoids 14 et l’arthrose est surreprésentée chez les animaux atteints de maladie rénale 15.

Jusqu’à présent, lorsque les vétérinaires devaient traiter un animal atteint d’une maladie donnée mais présentant également d’autres facteurs de risque ou des sensibilités particulières, ils devaient faire des compromis et identifier l’objectif à privilégier pour établir des recommandations nutritionnelles. Avec une solution nutritionnelle individualisée, il est désormais possible de soutenir la santé de l’animal dans son ensemble.

Emmanuelle Sagols

Pendant de nombreuses années, les vétérinaires ont pu proposer des aliments spécifiques pour aider à la prise en charge de certaines maladies mais aujourd’hui, le concept de nutrition individualisée permet d’aller encore plus loin.

Emmanuelle Sagols

Une innovation audacieuse en nutrition vétérinaire

Il a fallu de nombreuses années de recherche et d’innovation pour rendre possible la nutrition individualisée et concevoir l’approche la plus pertinente qui combine tous les besoins nutritionnels d’un seul individu. Il a été nécessaire de repenser l’ensemble du processus de fabrication pour passer de la production de masse d’aliments standards (avec plusieurs tonnes par lot) à la production en petites séries d’une solution nutritionnelle individualisée pour un animal particulier (quelques kilogrammes à la fois).

La formulation des aliments individualisés à la demande repose sur un concept pouvant être comparé à la façon dont une imprimante à jet d’encre utilise des cartouches de couleurs primaires pour produire une image en couleurs (Figure 2). Des nutritionnistes et des mathématiciens ont travaillé ensemble pour définir un ensemble de « croquettes primaires » et un algorithme nutritionnel. Ces croquettes primaires contiennent des nutriments clés spécifiques (par exemple, des fibres, des protéines et des acides gras essentiels) qui doivent ensuite être combinés pour constituer un aliment complet. L’algorithme est conçu pour intégrer toutes les caractéristiques de l’animal afin de produire une combinaison adéquate de croquettes qui répond le mieux à ses besoins. Les ingénieurs ont conçu un processeur spécifique qui réalise le produit fini en combinant les croquettes primaires dans les proportions recommandées par l’algorithme, tout en respectant des normes strictes de qualité et de sécurité alimentaire.

Le concept de production d’un aliment spécifique pour un animal donné

Figure 2. Le concept de production d’un aliment spécifique pour un animal donné peut être comparé à la manière dont une imprimante utilise les couleurs primaires pour créer une image en couleurs.
Crédit : Sandrine Fontègne/Shutterstock

Comment ça marche ?

Cette nouvelle approche de la nutrition a été baptisée ROYAL CANIN® IndividualisTM et elle n’est disponible que dans les cliniques vétérinaires. Le processus se déroule en quatre étapes (Figure 3).

  1. Lors d’une consultation, le vétérinaire enregistre les informations liées à l’animal (espèce, race, âge, mode de vie, poids, ICC, sensibilités et maladies éventuelles) sur une plateforme en ligne dédiée. L’algorithme intègre toutes ces informations pour déterminer la meilleure solution nutritionnelle répondant aux besoins de l’animal.
  2. La recommandation nutritionnelle est envoyée par courriel au propriétaire de l’animal, qui peut alors passer commande ; il peut faire un achat ponctuel ou souscrire un service d’abonnement qui lui permettra de recevoir l’aliment chaque mois automatiquement.
  3. La solution nutritionnelle individualisée est préparée à la demande dans un établissement spécifique, en choisissant la combinaison et les proportions adéquates de croquettes primaires.
  4. L’aliment pour l’animal est livré quelques jours plus tard à la clinique, au domicile du propriétaire ou à un autre endroit spécifié de son choix.
Les quatre étapes de la mise en place d’une solution diététique sur mesure pour chaque animal

Figure 3. Les quatre étapes de la mise en place d’une solution diététique sur mesure pour chaque animal.
Crédit : Shutterstock

Quels sont les avantages ?

ROYAL CANIN® IndividualisTM est une solution qui permet de prendre en charge de manière précise plusieurs problèmes de santé à la fois, tout en tenant compte d’éventuelles sensibilités et des facteurs de risques particuliers de l’animal. Comme elle est basée sur la recommandation du praticien, la gamme d’aliments est dédiée aux cliniques vétérinaires, ce qui garantit un suivi nutritionnel adéquat. La recommandation peut être mise à jour lors d’une consultation de suivi : si la santé de l’animal évolue, le régime évoluera aussi à ses besoins.

Ce système est également pratique. Jusqu’à présent, pour prescrire un régime sur mesure à un animal présentant plus d’un problème de santé, le vétérinaire devait recommander la préparation d’une ration ménagère. L’obligation de préparer les repas de l’animal tous les jours, le coût des ingrédients et des compléments minéraux et vitaminiques, l’observance de la recette par le propriétaire (changer un seul ingrédient peut entraîner un déséquilibre de la ration) rendent cependant les choses difficiles. Avec la nutrition individualisée, le respect des recommandations vétérinaires par le propriétaire est facilité car l’aliment est prêt à l’emploi.

Ce nouveau concept se met progressivement en place ; pour en savoir plus, contactez votre délégué Royal Canin local.

Sally Perea

L’algorithme est conçu pour intégrer toutes les caractéristiques de l’animal, afin de proposer une association adéquate de croquettes qui répond le mieux possible à ses besoins.

Sally Perea

Si vous travaillez en France, davantage d’information sur https://www.individualis.com.

 

Conclusion

Les habitudes des propriétaires d’animaux de compagnie ont changé au cours de la dernière décennie : ils font très souvent leurs achats en ligne, en incluant les aliments pour animaux. ROYAL CANIN® IndividualisTM offre désormais une solution prête à l’emploi pour les cliniques vétérinaires : il s’agit d’un produit de commerce électronique entièrement intégré, doté d’une plateforme dédiée qui permet de passer des commandes en ligne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et de facturer automatiquement, tout en étant soutenu par une équipe au service de la clientèle. Cette solution nutritionnelle individualisée est actuellement unique sur le marché, elle peut aider à prendre en charge toutes les maladies et sensibilités des chiens et des chats, et elle n’est disponible que sur recommandation d’un vétérinaire. En un mot, il s’agit d’une façon innovante et singulière de combiner la médecine préventive et la nutrition diététique en clinique vétérinaire.

Références

  1. AAHA-AVMA Preventive Healthcare Guidelines Task Force. Available at: https://www.aaha.org/globalassets/02-guidelines/preventive-healthcare/AAHA-Oncology-Guidelines-for-Dogs-and-Cats. Accessed Oct. 1st, 2021.

  2. Keijser S, Meijndert L, Fieten H, et al. Disease burden in four populations of dog and cat breeds compared to mixed-breed dogs and European shorthair cats. Prev. Vet. Med. 2017;140:38-44.

  3. Mazrier H, Vogelnest L, Thomson P, et al. Canine atopic dermatitis: breed risk in Australia and evidence for a susceptible clade. Vet. Dermatol. 2016;27:167-e42.

  4. Heaton PR, Read CF, Mann SJ, Role of antioxidants to protect against DNA damage in adult dogs. J. Nutr. 2002;132:1720S-1721S

  5. Valko M, Leibfritz D, Moncol J, et al. Free radicals and antioxidants in normal physiological functions and human disease. Int. J. Biochem. Cell. Biol. 2007;39:44-84.

  6. Finch N, Syme H, Elliott J. Parathyroid hormone concentration in geriatric cats with various degrees of renal function. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2012;241:1326-1335.

  7. Burger I. Energy needs of companion animals: matching food intakes to requirements throughout the life cycle. J. Nutr. 1994;124:2584S-2593S.

  8. German A. The growing problem of obesity in dogs and cats. J. Nutr. 2006;136:1940S-1946S.

  9. Fettman MJ, Stanton CA, Banks L, et al. Effects of neutering on bodyweight, metabolic rate and glucose tolerance of domestic cats. Res. Vet. Sci. 1997;62:131-136. 

  10. Hoenig M, Ferguson D. Effects of neutering on hormonal concentrations and energy requirements in male and female cats. Am. J. Vet. Res. 2002;63:634-639.

  11. Okafor C, Pearl D, Blois S, et al. Factors associated with hematuric struvite crystalluria in cats. J. Feline Med. Surg. 2019;21:922-930.

  12. Rochlitz I. A review of the housing requirements of domestic cats (Felis silvestris catus) kept in the home. App. Anim. Animal Behav. Sci. 2005;93:97-109.

  13. Forrester S, Towell T. Feline idiopathic cystitis. Vet. Clin. North Am. Small Anim. Pract. 2015;45:783-806.

  14. Pusoonthornthum R, Pusoonthornthum P, Osborne CA. Risk factors for feline lower urinary tract diseases in Thailand. Thai J. Vet. Med. 2012;42:517-522.

  15. Marino CL, Lascelles BD, Vaden SL. Prevalence and classification of chronic kidney disease in cats randomly selected from four age groups and in cats recruited for degenerative joint disease studies. J. Feline Med. Surg. 2014;16:465-472.

Emmanuelle Sagols

Emmanuelle Sagols

La Dre Sagols est diplômée de l’École nationale vétérinaire de Toulouse depuis 2007 et sa thèse de doctorat a porté sur la nutrition des chiens et des chats insuffisants cardiaques En savoir plus

Sally Perea

Sally Perea

Sally Perea est Diplomate du Collège Américain de Nutrition Vétérinaire, elle a obtenu son résidanat en nutrition clinique, son doctorat et son master à l’Université de Californie, Davis, avant de devenir Professeure Assistante en Clinique. En savoir plus

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