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Numéro du magazine 24.3 Nutrition

Questions des propriétaires sur les aliments

Publié 10/03/2021

Ecrit par Cailin Heinze

Aussi disponible en Deutsch , Italiano , Español et English

Les vétérinaires et les ASV doivent quotidiennement répondre aux questions des clients concernant différents aspects de l’alimentation animale, dont beaucoup sont des rumeurs, des croyances ou des contrevérités.

Il est important que le vétérinaire et son équipe expliquent clairement au propriétaire les différences entre l’aliment diététique et les autres aliments, pour qu’il puisse mieux en comprendre l’intérêt.

Introduction

Les vétérinaires et les ASV doivent quotidiennement répondre aux questions des clients concernant différents aspects de l’alimentation animale, dont beaucoup sont des rumeurs, des croyances ou des contrevérités. Dans cet article, le Dr Heinze a choisi les questions les plus fréquentes et y répond en les replaçant dans leur contexte et en apportant un angle scientifique.



Q. Les rations ménagères sont-elles meilleures pour la santé de mon animal que les aliments du commerce ?


Dans certains pays, les rations ménagères ont toujours été à la mode, alors que dans d’autres pays (comme les Etats-Unis), elles ne le sont devenues qu’au cours des dix dernières années. Les propriétaires qui cuisinent eux-mêmes les repas de leurs animaux disent souvent qu’ils n’ont pas confiance dans les aliments du commerce, qu’ils ont la sensation que les rations ménagères sont plus saines, ou qu’ils souhaitent inclure ou exclure certains ingrédients. Ils peuvent aussi penser que le fait de préparer les repas de leurs animaux à la maison permet d’en augmenter l’appétence ou d’en diminuer le coût.

En théorie, les rations ménagères, si elles sont correctement formulées, peuvent être équilibrées et saines, mais il n’est pas prouvé qu’elles soient meilleures pour la santé que les aliments du commerce. Malheureusement, la plupart des rations ménagères, qu’elles soient élaborées de manière empirique par les propriétaires (ou même les vétérinaires) ou à partir de recettes trouvées dans des livres ou sur internet, posent de sérieux problèmes nutritionnels. Plusieurs études récentes se sont intéressées à la composition de ces rations ménagères pour chiens et chats et ont observé que dans leur grande majorité elles étaient carencées en nutriments essentiels 1 2 3.

Bien que l’étude détaillée d’une ration ménagère nécessite une analyse en laboratoire ou par un logiciel de formulation, certains composants de base doivent toujours être inclus dans la recette. Les rations qui ne contiennent pas les éléments suivants ont davantage de risques d’être déséquilibrées ; mais les rations qui les contiennent peuvent néanmoins souffrir de graves déséquilibres nutritionnels.

  1. Une source de protéines animales – les rations ménagères qui sont sans protéines animales sont souvent carencées en protéines ou en acides aminés.
  2. Une source de calcium – sous forme de carbonate de calcium, de phosphate de calcium ou de poudre d’os. Les premières sources de calcium sont généralement les meilleures car, selon l’expérience de l’auteur, la digestibilité de la poudre d’os est variable.
  3. Une source d’acide linoléique – habituellement huile ou farine de maïs,de colza ou de carthame, bien que le gras de poulet ou l’avoine puisse apporter des quantités suffisantes.
  4. Une source de vitamines et de minéraux – habituellement, un complément alimentaire complet de vitamines et de minéraux développé pour l’Homme en prise unique quotidienne. Les compléments alimentaires pour animaux ne contiennent pas de quantités de nutriments suffisantes pour équilibrer les rations ménagères. Toutefois, certains compléments formulés spécifiquement(et uniquement) pour équilibrer les rations ménagères peuvent s’avérer adaptés.
  5. et pour les chats, une source de taurine – la cuisson de la viande diminuant la concentration en taurine,et une supplémentation étant donc toujours nécessaire.

En raison du risque important de déséquilibre nutritionnel, les rations ménagères ne doivent jamais être utilisées chez les animaux en croissance, en gestation ou en lactation. Ces stades physiologiques ont des besoins nutritionnels très élevés et des quantités insuffisantes de nutriments peuvent avoir de graves conséquences.

Les propriétaires intéressés par l’alimentation ménagère doivent consulter un vétérinaire nutritionniste certifié ou un spécialiste en nutrition animale (détenteur d’un PhD, par exemple) pour être sûrs de disposer de la meilleure recette possible. Toutes les recettes doivent être suivies à la lettre et réévaluées chaque année pour veiller à ce qu’elles restent bien conformes aux recommandations nutritionnelles et aux besoins de l’animal.

En bref : Il n’est pas prouvé que les rations ménagères soient meilleures pour la santé que les aliments du commerce. En réalité, la majorité des rations ménagères utilisées par les propriétaires sont carencées en certains nutriments essentiels et contiennent des quantités d’autres nutriments essentiels inférieures aux minima exigés dans les aliments du commerce. A l’inverse, certaines recettes peuvent apporter des excès de nutriments, comme par exemple des quantités toxiques de vitamine D pour les recettes riches en poisson.

 


Q. Mon chien et mon chat ont-t-ils besoin de vitamines et de compléments ?


Si l’aliment donné à un animal est conforme aux recommandations nutritionnelles, comme celles de l’AAFCO (Association of American Feed Control Officials) 4 ou de la FEDIAF (Fédération Européenne de l’Industrie des Aliments pour animaux Familiers), par exemple, il est peu probable qu’un complément de vitamines et minéraux soit bénéfique, à moins d’un problème de santé particulier. La majorité des compléments de vitamines et minéraux commercialisés pour les animaux sont formulés pour des individus ayant une alimentation équilibrée et n’incluent donc que de faibles quantités de vitamines et de minéraux, ayant donc peu de chances d’avoir un quelconque effet bénéfique chez un animal en bonne santé.

Par ailleurs, si son fabricant n’est pas bien avisé ou prudent, un complément risque, lorsqu’il est ajouté à une alimentation équilibrée, d’aboutir à des quantités de nutriments excessives et potentiellement toxiques. Parmi les exemples rencontrés par l’auteur, citons les compléments pour chiots de grandes races contenant du calcium (l’excès de calcium est un facteur de risque majeur de trouble orthopédique de développement), les compléments d’huile de poisson contenant de fortes concentrations de vitamines A et D3, et de nombreux compléments vitaminiques contenant des concentrations excessives de vitamine D3. 

En général, tous les animaux nourris avec une alimentation ménagère (sauf éventuellement ceux nourris avec des proies) ont besoin d’un complément de vitamines et de minéraux. Comme nous l’avons expliqué précédemment, la majorité des compléments habituels pour animaux contiennent des quantités de nutriments insuffisantes pour équilibrer une ration ménagère, surtout si l’étiquetage indique qu’ils peuvent être utilisés « pour des animaux de tous âges et avec tout type d’aliments ». Des formules spécifiques sont nécessaires pour équilibrer les rations ménagères et il faut souvent associer plusieurs compléments. Par exemple, l’auteur utilise couramment cinq, voire sept compléments différents à usage humain pour obtenir l’équilibre vitamines/minéraux souhaité lors de l’élaboration d’une ration ménagère.


En bref : Pour la plupart des animaux nourris avec un aliment préparé, l’ajout de vitamines et de minéraux est inutile et peut s’avérer dangereux si les taux de nutriments qu’ils contiennent sont trop élevés.
 

Q. Les glucides sont-ils mauvais pour les chats ?


Il y a peu de controverses aussi passionnées en médecine féline que celle du rôle des glucides dans la santé des chats. Partant du constat que le chat se nourrit naturellement de petits rongeurs, d’oiseaux et de reptiles, typiquement pauvres en glucides, certains soutiennent que l’alimentation des chats ne devrait pas contenir d’importantes quantités de glucides. Malgré l’adaptation du chat à une alimentation hypoglucidique (surexpression des voies de la néoglucogenèse, faible activité de la glucokinase hépatique, par exemple), il reste capable de digérer les glucides, et les amidons correctement cuits sont digestibles à 93 % voire plus 5. Si le seuil de tolérance aux glucides est inférieur chez le chat comparé au chien, au porc et à l’Homme, la majorité des chats tolère néanmoins très bien les niveaux habituellement présents dans les aliments pour chats (5 à 40 % de l’énergie métabolisable (EM)).

Les partisans de la restriction glucidique chez le chat tiennent souvent les glucides pour responsables de divers problèmes, dont l’obésité et le développement du diabète (Figure 1). Les aliments hypoglucidiques sont souvent qualifiés de solutions miracles pour la perte de poids car ils sont jugés plus naturels et les chats en limiteraient leur consommation. Selon d’autres sources, les aliments riches en glucides entraîneraient directement un dépôt de graisse, quelle que soit la quantité d’énergie consommée. Mais, détail intéressant, les aliments hypoglucidiques sont généralement plus riches en matières grasses et donc plus denses en énergie, ce qui est un facteur de risque connu d’obésité.

 

Figure 1. La teneur en énergie est beaucoup plus préoccupante que la teneur en glucides en matière d’obésité. © Cailin Heinze

 

En réalité, beaucoup d’aliments secs hypoglucidiques (glucides < 20 % de l’EM) sont extrêmement riches en énergie (3960-4366 kcal/kg), ce qui rend leur quantité à distribuer très difficile à mesurer chez les chats à faibles besoins énergétiques. Une étude intéressante a comparé des aliments ayant différentes concentrations de lipides et de glucides (glucides simples) et a observé que les lipides alimentaires (et donc la consommation énergétique) étaient de meilleurs facteurs prédictifs de la prise de poids que les glucides. Les chats nourris avec les aliments riches en lipides et pauvres en glucides prenaient nettement plus de poids après la stérilisation que les chats nourris avec les aliments riches en glucides 6. De l’expérience de l’auteur et en matière d’obésité féline, la densité énergétique est beaucoup plus préoccupante que la teneur en glucides car peu de propriétaires savent limiter la quantité d’aliment que leur chat doit consommer (Figure 2).

Figure 2. De nombreux propriétaires n’arrivent pas à limiter la quantité d’aliment que leur chat doit consommer. © Shutterstock

 

Même si beaucoup pensent également que les aliments riches en glucides (surtout les aliments secs) sont responsables de diabète sucré chez le chat, rien ne corrobore aujourd’hui un tel lien de causalité. Comme l’obésité est un facteur de risque identifié du diabète félin, il est crucial d’utiliser un aliment aidant à maintenir le chat à un poids optimal pour prévenir le diabète. Une étude n’a en effet montré aucun lien entre la consommation de croquettes et le développement du diabète, mais a observé que l’inactivité physique était associée au développement du diabète une fois le poids pris en compte comme facteur de correction 7.

Après développement du diabète, des résultats d’études montrent un bénéfice potentiel d’une alimentation hypoglucidique chez certains chats 8 9 10. Mais ces études ont leurs limites et ne permettent pas de conclure que tous les chats diabétiques doivent recevoir une alimentation pauvre en glucides pour une prise en charge optimale. En outre, il existe peu d’éléments permettant de définir la concentration de glucides idéale (absence d’étude dose-effet bien conçue) ou la source de glucides idéale (glucides simples vs. glucides complexes, par exemple) pour les chats souffrant de diabète. La pratique consistant à examiner chaque ingrédient glucidique et ses effets potentiels sur la glycémie (généralement en extrapolant les données d’indice glycémique de l’Homme) ne permet pas d’estimer correctement l’effet de l’ingrédient dans le contexte global de la consommation de l’aliment par un chat.

Pour les chats diabétiques de poids normal ou en sous-poids, l’auteur recherche généralement l’aliment le plus pauvre en glucides qui permette de satisfaire les autres besoins de l’animal. Mais pour les chats obèses, il peut s’avérer impossible de trouver un aliment hypoglucidique affichant des teneurs en énergie et en nutriments adaptées à la perte de poids, surtout si le chat refuse les aliments humides. Dans ce cas, il faudra se concentrer sur la perte de poids pour atténuer les signes du diabète.

 
En bref : Rien ne prouve qu’une alimentation riche en glucides soit responsable de diabète chez le chat, et si certaines données suggèrent que les aliments hypoglucidiques pourraient être bénéfiques pour certains chats diabétiques, ils ne conviennent pas à tous et des études additionnelles sont nécessaires.

 


Q. Les aliments « sans céréales » sont-ils meilleurs pour la santé de mon animal ?


Ces dernières années ont vu le développement spectaculaire des aliments industriels dits « grain free », c’est-à-dire sans céréales. Ces aliments, proposés sous formes sèche et humide, utilisent la pomme de terre, le tapioca, le pois, ou d’autres légumineuses (légumes secs) comme sources de glucides à la place du maïs, du blé, du riz ou d’autres céréales. Ils sont souvent présentés aux propriétaires comme étant plus sains, moins allergisants, etc. Mais, malgré la grande popularité de ces aliments, il n’existe aucun bénéfice démontré pour la santé à remplacer les céréales des aliments pour animaux par d’autres sources de glucides. Contrairement à la croyance, souvent alimentée par les rumeurs qui circulent sur internet, les céréales sont moins allergisantes que les viandes chez l’animal, et il est donc peu probable que la simple suppression des céréales, si elle n’est pas associée à la suppression des protéines animales habituellement consommées, soit bénéfique pour la santé en cas d’allergie alimentaire avérée.

Pour beaucoup de gens, les aliments « sans céréales » sont synonymes d’aliments hypoglucidiques, ce qui est souvent faux. De nombreux aliments sans céréales ont des taux de glucides équivalents à ceux des aliments avec céréales, et les glucides qu’ils contiennent peuvent être plus simples que ceux contenus dans les céréales. Pour l’heure, à moins que l’animal ne soit allergique à une céréale en particulier (ce qui est assez rare), il n’y a aucun bénéfice pour sa santé à consommer des aliments sans céréales. De même, les aliments sans gluten n’ont très probablement aucun intérêt, même chez les animaux souffrant de maladie digestive. Les seuls cas d’entéropathie au gluten décrits chez les animaux domestiques concernaient plusieurs chiens fortement apparentés au Setter Irlandais et rien n’indique qu’une autre race de chien ou de chat soit touchée 11.

 

En bref : Les aliments « sans céréales » et « sans gluten » sont des allégations principalement marketing, sans bénéfice prouvé pour la santé des animaux.

 


Q. Mon chien se gratte souvent et on m’a dit qu’il pourrait souffrir d’allergie alimentaire, mais il ne va pas mieux quand je lui donne un aliment « sans céréales ». Ses démangeaisons pourraient-elles néanmoins être dues à une allergie alimentaire ?


Contrairement à ce que la majorité des propriétaires pensent, les allergies alimentaires sont des causes peu fréquentes de symptômes cutanés ou digestifs chez le chien et le chat (Figure 3). L’expression « réaction indésirable d’origine alimentaire » regroupe toutes les réactions aux aliments ingérés qu’on peut observer chez l’animal. Les types les plus fréquents sont les allergies (réactions à médiation immune) et les intolérances (n’impliquant pas le système immunitaire). Les intolérances se manifestent habituellement par des symptômes digestifs de type vomissements, mauvaise qualité des selles ou flatulences, alors que les allergies peuvent se traduire par des signes cutanés ou digestifs, voire les deux.

 

 

Figure 3. Contrairement à l’opinion de nombreux propriétaires, les allergies alimentaires sont rarement la cause de signes cutanés chez le chien. © Shutterstock

 

Les allergies aux antigènes environnementaux tels que les pollens, les moisissures, les acariens des poussières de maison et les puces sont les causes les plus fréquentes de dermatite allergique chez le chien et le chat. Pour les signes digestifs, l’aliment joue souvent un rôle ; mais d’autres propriétés de l’aliment – comme par exemple sa digestibilité, sa teneur en lipides ou en fibres – risquent davantage d’être à l’origine des troubles digestifs qu’une réaction immunitaire à certains ingrédients.

Le diagnostic de l’allergie alimentaire spécifique est difficile car il implique des tests d’éviction alimentaire laborieux suivis d’épreuves de provocation avec un ingrédient à la fois. Par conséquent, les allergies alimentaires sont rarement diagnostiquées avec certitude chez le chien et le chat et il peut être difficile de trouver dans la littérature des informations sur les allergènes alimentaires les plus courants. Il est toutefois décrit que les plus courants sont le bœuf, les produits laitiers, le blé, l’œuf et le poulet chez le chien, et le bœuf, les produits laitiers et le poisson chez le chat 12. Mais il est plus probable que cette liste reflète simplement les ingrédients les plus utilisés dans les aliments pour animaux au cours de ces vingt dernières années, qu’une antigénicité plus importante de certains ingrédients.

Lors de suspicion d’allergie ou d’intolérance alimentaire, des tests d’éviction doivent être réalisés avec des aliments diététiques contenant des antigènes originaux, en nombre limité (c’est-à-dire, une source protéique plus une source glucidique jamais consommées au préalable par l’animal). Pour les animaux ayant été exposés à un grand nombre d’ingrédients, surtout ceux ayant déjà consommé des pommes de terre (chien) ou des petits pois (chat), il peut être impossible de trouver un aliment diététique original adapté. Pour ces cas, il faudra utiliser un régime composé d’une protéine hydrolysée et d’un amidon simple (aprotéique).

Les rations ménagères sont à réserver aux animaux dont les signes n’ont pas montré d’amélioration après un ou plusieurs tests d’éviction stricts avec un aliment diététique contenant une protéine originale ou hydrolysée (une cause allergique restant suspectée). Bien que plusieurs sources recommandent l’association déséquilibrée d’une source de protéines et d’une source de glucides, l’auteur a constaté qu’en cas d’efficacité, ces aliments ont tendance à être utilisés à long terme, généralement sans s’inquiéter du fait qu’ils sont carencés en nutriments essentiels. C’est la raison pour laquelle l’auteur veille toujours à ce que les régimes d’éviction incluent des compléments adaptés de nutriments essentiels en vue d’une consommation prolongée, utilisant des sources n’introduisant pas de nouveaux antigènes.

 
En bref : Les allergies alimentaires sont rares chez les animaux de compagnie, mais quand elles sont avérées, l’ingrédient en cause est plus souvent d’origine animale que végétale.

 


Q : Lors de l’achat d’un nouvel aliment pour mon animal, je vérifie toujours la liste des ingrédients pour pouvoir déterminer la qualité de l’aliment. Quels ingrédients dois-je privilégier ou éviter ?


Malheureusement, la liste des ingrédients ne permet pas d’évaluer la qualité des ingrédients individuels ou de l’ensemble de l’aliment. Bien qu’il existe des règlementations dans la plupart des pays avec des définitions très précises à respecter pour les ingrédients, ces définitions ne donnent généralement aucune précision sur la qualité ou la composition nutritionnelle des ingrédients. Un fabricant peut aussi bien utiliser du poulet d’excellente qualité que du poulet de qualité médiocre et toujours mentionner sur l’emballage « protéines de volaille déshydratées ». De même, il n’est pas demandé aux fabricants de prouver que certains ingrédients améliorent la santé ou sont même biodisponibles pour l’animal. Les fabricants peuvent utiliser des viandes ou des poissons exotiques (bison, lapin, saumon, gibier, canard, par exemple) des fruits, des légumes ou même des herbes dans leurs aliments en quantités peu susceptibles d’apporter un bénéfice nutritionnel, uniquement pour des raisons marketing car les propriétaires recherchent de plus en plus des repas dont la composition est proche des leurs ou de leur perception de ce que leur animal devrait manger. Cela explique la commercialisation d’aliments coûteux contenant des ingrédients tels que le saumon fumé et les baies de goji, n’apportant vraisemblablement aucun nutriment ou bénéfice supplémentaire par rapport aux aliments classiques à base de maïs et de volaille. 

De nombreux propriétaires s’efforçant d’éviter les colorants et les conservateurs artificiels, ces ingrédients ont été largement retirés des aliments pour animaux. Il est important de rappeler que les conservateurs naturels peuvent en réalité avoir une tolérance et une efficacité moins documentées que les conservateurs artificiels habituellement utilisés. L’utilisation de conservateurs naturels oblige donc le fabricant à s’assurer que les quantités et les types de conservateurs utilisés permettent effectivement de préserver la qualité nutritionnelle de l’aliment pendant toute sa durée de conservation.

 

En bref : La liste des ingrédients ne donne aucune information sur la qualité de l’aliment ou son effet bénéfique sur la santé, et les fabricants peuvent choisir des ingrédients davantage pour plaire aux propriétaires que pour un réel bénéfice pour la santé des animaux.

 


Q : Mon vétérinaire m’a conseillé d’utiliser un aliment diététique vétérinaire cher plutôt qu’un aliment d’animalerie ou de grande surface. Ces aliments sont-ils réellement différents des aliments que je peux acheter sans prescription vétérinaire ?


Dans la plupart des pays, les aliments destinés aux animaux en bonne santé doivent respecter des concentrations nutritionnelles minimales jugées adaptées pour le stade physiologique particulier de l’animal (adulte, femelle en gestation ou en lactation, chiot ou chaton en croissance). Ces aliments affichent des taux variables de nutriments et sont formulés pour fournir une nutrition adaptée aux animaux sains, mais peuvent ne pas offrir la composition de nutriments idéale ou d’autres propriétés (fibres, digestibilité, par exemple) nécessaires chez certains animaux souffrant de problèmes de santé. Parmi les problèmes nécessitant un aliment spécifique, citons l’obésité, les maladies digestives, les maladies rénales et les suspicions de réaction indésirable d’origine alimentaire.

Beaucoup d’animaux obèses ont des besoins énergétiques faibles et il faut donc fortement restreindre leur apport énergétique, par rapport à celui d’un animal en bonne condition, pour entraîner une perte de poids. Mais pour que leur apport en nutriments essentiels ne se trouve pas réduit, il est nécessaire d'utiliser des aliments contenant des taux supérieurs de nutriments par unité d’énergie. Bien qu’il existe des douzaines d’aliments vendus en animaleries et en supermarchés pour les animaux en surpoids ou prédisposés à l’embonpoint, leurs teneurs en énergie et en nutriments sont extrêmement variables 13 et beaucoup d’entre eux sont restreints en énergie sans être forcément enrichis en nutriments. Par exemple, nombre d’aliments secs d’entretien hypocaloriques pour chiens sont plutôt pauvres en protéines avant même d’être restreints en énergie, et il est important de maintenir un apport protéique suffisant pour préserver la masse maigre pendant la perte de poids. Les aliments diététiques vétérinaires formulés pour la perte de poids sont souvent encore plus pauvres en énergie tout en offrant des concentrations supérieures de nutriments tels que les protéines. Ces aliments peuvent également être plus riches en fibres et en autres composants susceptibles d’améliorer la perte de poids, le maintien de la masse maigre et la satiété. Ces produits entraînent souvent une perte de poids plus saine et plus efficace que les aliments d’entretien hypocaloriques, surtout chez les animaux à très faibles besoins énergétiques (Figure 4).

 

Figure 4. Il est important que le vétérinaire et son équipe expliquent clairement au propriétaire les différences entre l’aliment diététique et les autres aliments, pour qu’il puisse mieux en comprendre l’intérêt. © Shutterstock

 

Pour les animaux souffrant de maladie rénale modérée à sévère (stades 2 à 4, selon la classification IRIS ou International Renal Interest Society), les concentrations de protéines, de phosphore et d’autres nutriments contenues dans les aliments d’entretien ne sont pas adaptées, les niveaux recommandés étant généralement inférieurs aux minima réglementaires pour les chiens sains. Plusieurs études ont montré une amélioration des signes cliniques et de la survie chez les chiens et les chats nourris avec des aliments diététiques vétérinaires spécifiques, par rapport à des aliments d’entretien classiques 14 15. Chez ces animaux, un aliment adapté peut potentiellement doubler l’espérance de vie et améliorer la qualité de vie pendant la progression de la maladie.

Les animaux souffrant de signes digestifs ne s’améliorant pas avec des aliments d’entretien peuvent mieux répondre aux digestibilités supérieures et aux complexes de fibres des aliments diététiques vétérinaires spécifiquement formulés pour les troubles digestifs. Il existe aussi un certain nombre d’aliments formulés pour les animaux susceptibles de souffrir d’allergies ou d’intolérances alimentaires, contenant des ingrédients plus rarement utilisés et en nombre très limité, ainsi que des aliments à base de protéines hydrolysées. Alors que beaucoup d’aliments sans prescription se déclarent convenir aux animaux à sensibilité digestive ou contenir peu d’ingrédients, il n’y a aucune réglementation autour de ces allégations et ces produits ne sont pas toujours différents des autres aliments d’entretien en termes de digestibilité ou d’ingrédients.

Les aliments diététiques vétérinaires sont à utiliser si possible exclusivement pour confirmer ou exclure une allergie ou une intolérance alimentaire. Même s’il existe a priori souvent des aliments similaires en animaleries, beaucoup d’aliments sans prescription dits hypoallergéniques contiennent des ingrédients courants en plus de ceux potentiellement originaux (aliment gibier contenant aussi volaille ou œuf, par exemple) ou contiennent plus d’ingrédients que ce que leur nom sous-entend (aliment gibier et pomme de terre contenant également volaille, œuf, pois et orge, par exemple). En outre, au moins une étude suggère que ces aliments contiennent fréquemment des traces d’autres ingrédients ne figurant pas sur l’emballage 16. Les résultats de tests d’éviction réalisés avec ce type d’aliments peuvent donc ne pas être concluants, et entraîner des erreurs diagnostiques. Quand il est important pour la santé d’un animal d’utiliser un aliment diététique vétérinaire, toute l’équipe de la clinique doit clairement expliquer au propriétaire les différences qui existent entre l’aliment diététique et les aliments plus accessibles, pour qu’il puisse mieux en comprendre l’intérêt.

 
En bref : Pour certains problèmes de santé, l’aliment peut jouer un rôle crucial dans le traitement. Pour ces troubles, les aliments diététiques vétérinaires peuvent apporter des bénéfices significatifs par rapport aux aliments d’entretien classiques.

References

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  2. Heinze CR, Gomez FC, Freeman LM. Assessment of commercial diets and recipes for home-prepared diets recommended for dogs with cancer. J Am Vet Med Assoc 2012;241:1453-1460.
  3. Stockman J, Fascetti AJ, Kass PH, et al. Evaluation of recipes of home-prepared maintenance diets for dogs. J Am Vet Med Assoc 2013;242:1500-1505.
  4. Association of American Feed Control Officials Incorporated. www.aafco.org.
  5. de Oliveira LD, Carciofi AC, Oliveira MC, et al. Effects of six carbohydrate sources on diet digestibility and postprandial glucose and insulin responses in cats. J Anim Sci 2008;86:2237-2246.
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  9. Frank G, Anderson W, Pazak H, et al. Use of a high-protein diet in the management of feline diabetes mellitus. Vet Ther 2001;2:238-246.
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  11. Manners HK, Hart CA, Getty B, et al. Characterization of intestinal morphologic, biochemical, and ultrastructural features in gluten-sensitive Irish Setters during controlled oral gluten challenge exposure after weaning. Am J Vet Res 1998;59(11):1435-4012.
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  14. Ross SJ, Osborne CA, Kirk CA, et al. Clinical evaluation of dietary modification for treatment of spontaneous chronic kidney disease in cats. J Am Vet Med Assoc 2006;229:949-957.
  15. Jacob F, Polzin DJ, Osborne CA, et al. Clinical evaluation of dietary modification for treatment of spontaneous chronic renal failure in dogs. J Am Vet Med Assoc 2002;220:1163-1170.
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Cailin Heinze

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Cailin Heinze, North Grafton, Massachusetts, Etats-Unis En savoir plus

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